17L'Unebévue N°17 : Les bigarrures de Jacques Lacan

ISBN : 2-914596-00-6, 168 p., 22€, 2001

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Cahier de l'unebévue en supplément gratuit pour les abonnés :

Une école du balbutiement. I. Mangou


 Sommaire

7- Les bigarrures du seigneur des accords

Les figures rhétoriques érudites du baroque sont dignes d’introduire à celles dont l’inconscient abonde et Lacan a pu se présenter comme le Góngora de la psychanalyse. On trouvera dans ce numéro des articles des meilleurs spécialistes du conceptisme poétique de Góngora, poésie dont la facture labyrinthique est celle d’un filet – structure souple, mouvante, toujours murée mais toujours ouverte. En se faisant lui-même bigarrure, Lacan, dandy, crée derrière lui un point d’opacité. Cela se resserre au fil de ses séminaires dans un hermétisme réglé, qui n’est pas un formalisme. Les variations de langues, de textes, les sonorités diverses, le continu et discontinu des thèmes, la combinatoire des disciplines et de leur traitement critique fait surgir un point-zéro de tension dans la langue elle-même qui permet un constant renouvellement interne du séminaire et du public lui-même, pour un enseignement des psychanalystes.

11 - La trame du tramail. L’écriture de Góngora. Nadine Ly

La syntaxe góngorine est figurative : elle construit l'ordre de la perception du réel et de la découverte de sa cohérence, elle construit le travail d'organisation du monde et de la pensée. Mais ce qui, au-delà de la syntaxe elle-même, est aussi, sinon plus, «figuratif», c'est précisément ce travail du tramail et celui du «poisson» pris entre ses mailles : les allées et venues entre les trois murailles souples du tramail, fábrica incierta, incertaine non pour l'artisan qui l'a nouée mais pour le lecteur qui s'y trouve pris. Ces trois murailles sont le référent lexical des mots – modernes ou étymologiques ou les deux à la fois –,leur nature grammaticale et le rôle qui, en définitive, leur est assigné par la syntaxe.

27 - A propos du sonnet de Lacan Hiatus irrationalis. Annick Allaigre-Duny

En 1929, Lacan écrivit un sonnet qu'il jugea suffisamment réussi, ou suffisamment important, pour le publier dans Le Phare de Neuilly, en 1933. L'analyse de ce sonnet montre que c'est de la thèse d'Alexandre Koyré sur La philosophie de Jacob Boehme que se soutient le poème de Lacan. On voit comment le poème peut dire, synthétiquement et par ses moyens propres, ce que la prose développe. Puis comment, dans une certaine mesure, Lacan s'affranchit de la pensée de Boehme. Néanmoins, comme chez Boehme, il y a une «mystique» dans le sonnet de Lacan, car si la lumière du cierge de Brassaï est un phallus, l'eau qui coule est symbole de la jouissance féminine. Ainsi, pensée créatrice et acte générateur sont liés.

49 - Cervelle garçon. Jean Allouch

Les «falsifications» et autres «inventions» de Lacan à l'endroit de «l'homme aux cervelles fraîches» apparaissent comme autant de formations symptomatiques, autant de retours du refoulé. En élisant la familiarisation de la transmission de son enseignement, Lacan reconduisait son statut d'analysant sous le régime du passage à l'acte. La dissolution de l'école freudienne de Paris était potentiellement porteuse de la fin de l'enseignement de Jacques Lacan. A cette fin, par tout ce qu'il a fait par-delà cette dissolution, Jacques Lacan aura dit non. Mais à l'instant où il était le plus près de le faire, soit : peu avant de mourir, il n'aura jamais laissé tomber Lœwenstein. Lacan aura échoué à faire de la dissolution de son école l'acte même par lequel il aurait mis fin à son analyse.

69 - Qu’est-ce que le structuralisme (Nature et structure). Jean-Claude Dumoncel

Wittgenstein écrit dans ses Carnets, à la date du 17/6/1915 : «Le Monde a une structure profonde». La structure dont il s'agit n'est pas seulement, par exemple, une structure de la parenté, ou même de l'inconscient («structuré comme un langage»). Il s'agit d'une structure du monde. JC Dumoncel appelle ici structuralisme ontologique (ou universel) le structuralisme où, avant de s'appliquer à des choses humaines comme le langage, la notion de structure est appliquée d'abord au monde réel ou aux différents mondes possibles distingués par Laibniz.

99 - Parlez, pariez, il suffit que vous paroliez. Remarques introductives à la mise en jeu du transfert. Marie-Claude Thomas

«Vous ne pouvez pas ne pas parier. Vous êtes embarqué». C'est sur ce mode là que Lacan présente l'entrée du sujet dans le signifiant, dans le jeu des signifiants avec la perte qui lui est inhérente. Mais perte de quoi ? Lacan dira : perte de ce qui, en négatif, s'articule et ne s'articule pas d'un sujet, car c'est au point de la mise, de la perte, que le sujet résiste : bien qu'engagé, il ne veut pas savoir, d'où la distinction entre le sujet toujours-déjà engagé, jouet du signifiant, et le sujet que Pascal invite à s'engager (Ich). Il faut donc distinguer entre le fonctionnement du pari et les conditions de la mise.

107 - Les dessins dans Vie de Henry Brulard de Stendhal, une écriture de l’expérience de soi... Françoise Jandrot

Pas plus qu'ils ne servent à combler les défaillances de la mémoire, les dessins ne comblent l'absence voulue des descriptions. Leur répétition les transforme en élément d'écriture. Si les femmes (autrement dit l'amour) ont occupé toute sa vie, Stendhal n'obtiendra pas de son vivant une reconnaissance comme théoricien de l'amour. Il n'y prétend point, la nécessité seule le porte à témoigner de son expérience douloureuse. Poussé par cette nécessité de l'écriture sur lui-même, mais voulant éviter les pièges narcissiques du paraître, il trouve avec les dessins un dispositif d'écriture hétérogène, écriture de l'expérience du vide, de l'expérience de soi.

135 - Lacan, Derrida et “Le verbier d’Abraham et Torok”. Marcelo Pasternac

Derrida considère Le verbier de l'homme aux loups comme un événement, un puissant travail «anti-sémantique» ou de «désignification». Il salue la théorie de la «crypte» en tant que théorie psychanalytique à propos du Moi, qui implique un «nouveau concept métapsychologique de la réalité». Lacan, lui, se déclare «terrifié» car plus ou moins responsable «d'avoir ouvert les écluses de quelque chose sur quoi il aurait aussi bien pu la boucler».

163 - Géométrie mentale. Nicolas Bouleau

On préconise souvent des exercices d'expression écrite er orale, suivant le principe que ce qui s'énonce clairement est la marque de ce qui se conçoit bien. Or le calcul mental n'est pas limité au calcul numérique, on peut calculer mentalement des primitives, simplifier des expressions analytiques. Peut-on aller plus loin et envisager du calcul mental géométrique : procéder mentalement à des transformations de figures simples permettant de calculer des aires ou des volumes ? Peut-il y avoir aussi une pensée sans mots ?