Penser le monde entier aujourd'hui comme somptueusement illégitime

En hommage à Édouard Glissant

Toute l'histoire des nègres des plantations est une histoire du paysage. Tant dans la poétique que dans le réel, c'est-à-dire le social et le politique, il y a une relation d'équivalence totale entre le paysage et le personnage, à tel point que dans les modes littéraires, le paysage devient le personnage ; ça se passe chez Faulkner, chez Alejo Carpentier, chez Garcia- Marquez, chez moi aussi. Chez les artistes de ces régions, le paysage n'est pas un décor consentant comme dans le réalisme balzacien ou stendhalien où le décor est toujours accueillant pour le personnage mais où il ne subit pas, ne court pas le risque de l'histoire, ce qui est le cas chez nous.

L'illégitime c'est ce qui réunit tout le monde. Le légitime c'est ce qui sépare quelques-uns. Par conséquent le rapport à l'humain ne passe pas par un visage mais il passe par un comportement, une manière d'être sur la place publique. Par exemple si quand j'étais enfant, je ne saluais pas un adulte, tout de suite on allait dire à ma mère : « Tu sais, ton fils n'est pas poli, il ne salue pas les gens dans la rue ». Autrement dit, il n'y avait ni figure de la mère ou du père, il y avait plutôt des composantes d'une collectivité, d'une société.

Agis dans ton lieu , pense avec le monde !

 

Vous pouvez retrouver Édouard Glissant lors de sa conférence à Place Publique le 7 février 2009 en cliquant ici !