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CZ2020_MarseilleLe bourbier des signes

les 22 et 23 avril 2017

Holiday Inn 79 avenue du Maine Paris 75014

Samedi de  9H à 18H et dimanche de 9H30 à 16H

 

 

 

« Elles disent, malheureuse, ils t'ont chassée du monde des signes, et cependant ils t’ont donné des noms, ils t'ont appelée esclave, toi malheureuse esclave. Comme des maîtres ils ont exercé leur droit de maître. Ils écrivent de ce droit de donner des noms qu'il va si loin que l'on peut considérer l'ori- gine du langage comme un acte d'autorité émanant de ceux qui dominent. Ainsi ils disent qu’ils ont dit, ceci est telle ou telle chose, ils ont attaché à un objet et à un fait tel vocable et par là ils se le sont pour ainsi dire appropriés. Elles disent, ce faisant ils ont gueulé hurlé de toutes leurs forces pour te réduire au silence. Elles disent, le langage que tu parles t'empoisonne la glotte la langue le palais les lèvres. Elles disent le langage que tu parles est fait de mots qui te tuent. Elles disent, le langage que tu parles est fait de signes qui à proprement parler désignent ce qu’ils se sont appropriés. Ce sur quoi ils n’ont pas mis la main, ce sur quoi ils n'ont pas fondu comme des rapaces aux yeux multiples, cela n'apparaît pas dans le langage que tu parles. Cela se manifeste juste dans l'intervalle que les maîtres n'ont pas pu combler avec leurs mots de propriétaires et de possesseurs, cela peut se chercher dans la lacune, dans tout ce qui n'est pas la continuité de leurs discours, dans le zéro, le O, le cercle par- fait que tu inventes pour les emprisonner et pour les vaincre. »
Comment cette chère Manuelle Vals, une Mère de l’âge de Gloire, restée encore confinée dans son Ministère poussiéreux, à regarder pousser son ventre ou celui de ses Filles, clamait son incompréhension par rapport à ces Filles qui s’obstinaient à occuper la Zad malgré les injonctions ministérielles, malgré les votes des populations sédentaires, malgré les forçages des polices…! C’est le début de la lutte des Filles, éternelles Amazones insoumises, dont la seule référence est la poudre d’escampette…
À suivre…

 

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Elysée Reclus avait écrit un petit livre, « L’histoire d’un ruisseau » livre destiné aux écoliers et figu- rant parmi les prix distribués aux élèves de fin d’année. Il évoque « la forme serpentine » des « ruis- selets » qui se creusent sur la plage de l’Océan après le reflux de la marée ». Kristin Ross : « Si, pour nous la marée est à la fois la grandeur de l’aspiration et des accomplissements de la Commune et la violence du massacre qui l’a écrasée, dans le sillage, mais aussi au cœur même de ces deux mouve- ments de forces antagonistes gigantesques apparaît déjà dans le sable un minuscule réseau de bulles d’air, signes de la présence d’un monde invisible. Ce système d’échanges rapides, de croisements et de collaborations, de formes symboliques de solidarité et de rencontrer sporadiques, aussi éphémère fut-il exerce lui-même une force d’entraînement - l’histoire d’un ruisseau nous aide à comprendre la puissance historique disproportionnée de la commune rapportée à l’échelle relativement modeste de l’évènement. Pourquoi parler de la Commune dans une session Clinic Zones aujourd’hui ? Kristin Ross souligne que ce que les jeunes vivent aujourd’hui est beaucoup plus proche de la Commune que ce qu’ont vécu nos parents avec la seconde guerre mondiale.
Je pense à Deligny : « Ces initiatives, ces émergences du commun ne sont nullement clandestines, au secret de l’espace d’enfermement ; on peut les saisir à la surface des circonstances ordinaires comme des échappées qui se produisent au détour et aux dépens du pouvoir, moments de dissidence for- tuite, qui n’ont pourtant rien à voir avec les fusions et les confusions humanistes, puisqu’elles ne sont pas le fait d’un sujet. Et il est vrai que si l’on suit les fils qui relient un acte de révolte ou de dissidence à un autre, on ne trouvera pas forcément une classe, un groupe ou un sujet, mais des frémissements plus ou moins discrets, plus ou moins violents, des transes qui ne s’orientent pas nécessairement sur un achèvement des tentatives qui n’aboutissent pas toujours dans un projet, des lignes de fuite plus que des lignes politiques, des solidarités violentes et pourtant parcellaires et provisoires. A ne pas voir cela, on s’exposerait à réitérer sans fin notre recherche éperdue d’un sujet de l’Histoire qui serait à la fois pur comme la révolte et solide comme la révolution. Mais si nous faisions notre deuil de ce sujet imaginaire et c’est en quelque sorte le même, celui de l’histoire et celui de la personne, le sujet supposé de tout pouvoir - si nous faisions notre deuil de sa libération et de son omnipotence, alors nous pourrions dire que l’heure du commun ni n’avance ni ne retarde, et que c’est toujours et pour- quoi pas le moment ».


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Pour trouver la force d'ecrire Les trois guinees, Virginia Woolf a dO creer un « nous », celui des « filles et sceurs d'hommes cultlves ». Isabelle Stengers et Vintiane Despret, dans Les faiseuses d'his­ toires. Que font les femmes a la pensee ? pensent l'efficace du cri de Woolf, dont elles experimen­tent la possibilite de se faire le relais, possibilite d'une induction. Cela induit une experience qui por­ tait en elle la question de ce relais a prendre, de cette experimentation a tenter, elles ont agi pour experimenter ensemble un « devenir-femme » au sens d'une transformation au present, decision actee de ne pas la laisser se dissoudre dans le tissu passif du vecu.
La premiere efficace de !'induction, du « penser, nous devons » de Virginia Woolf, est de pouvoir repondre a la question « qui est, ici, nous ». Cet efficace n'est pas de l'ordre de la lucidite doulou­reuse mais de la creation situee par ce « nous ». Nous situer activement sur un mode fabulatoire. L'induction passe par nous mais, bien sur, elle ne s'arrete pas a nous. Preter au cri de Woolf le pou­voir de produire et d'induire celles qui le relayeront, ce sera aussi, ce sera bientot experimenter ce qu'il est susceptible d'induire pour d'autres. S'est imposee l'idee de demander a d'autres femmes
engagees dans des carrieres universitaires de s'inscrire dans (et d'assurer) ce passage de relais, d'ex­ perimenter ce que le cri de Woolf peut induire et produire pour elles. (ces autres etant virtuellement presentes) :« mise en commun » : pouvoir sentir et dire ensemble « ceci importe », pouvoir en faire toute une histoire ;ressusciter, dimension creatrice de la reprise d'un probleme, effet retroactif, non reflexif, et fabulatoire de !'induction. Une version est d'abord une transformation creatrice. L'induction n'a pas moyen d'insister, seulement de solliciter.

»:

 

Le dimanche apres-midi, nous ferons un debat avec celles et ceux qui sont alle.e.s a Bruxelles fin mars ecouter Donna Haraway, dont ils ramenent cette « introduction

 

Chereczamies,
Notre insistance a parler d'Haraway et de son importance pour notre present est restee somme
toute, assez proprette, une sorte d'omission genee de ne pas savoir ou placer « les echanges de salive », les relations inter-especes ou Haraway faisaient compter les bisous baveux de Cayenne : precipitation vers les potentiels logiques et les affaires de signe et oubli que non seulement ii y a le
chien, ce que Cayenne fait faire a DH, lui apprend, mais ii y aussi la bave, cette source degoutante
du langage et de la langue : babil et bave, a a une histoire commune, non ?

En ecrivant Whenspecies meet, DH defait I'evidence et l'entification qui affectent et desactivent cer­ tains des noms et des mots qu'elle a mis en jeu : le cyborg par exemple. Elle colle ainsi dans !'evi­ dence de l'ornlere du cyborg, le baton des especes compagnes. Avec les especes compagnes, les compagnons de l'humain, ce sont comme on dit les animaux domestiques, chiens, moutons, etc.
Cela ouvre les questions de parente et de frontieres qui marchent avec. Mais ce sont des animaux disons « humanises », ceux qui ont accompagne l'histoire humaine, ont participe a son « progres ».
Mais bientot parler de co-evolution avec eux sera insuffisant.

Staying with the trouble, c'est prendre acte d'une actualite et y repondre. Ce qui est l'actualite, c'est comment un groupe de pression a de faon repetitive cherche a faire rentrer dans les categories de la geologie, le nom anthropocene, et done a cette occasion pouvoir se (le) vetir de la garantie d'un
label scientifique. On pourrait se feliciter de ce que cette demarche, pleine de bonnes intentions, vienne fournir a la geologie sa dimension politique. Hors les scientifiques se font tirer l'oreille pour
assentir a cette proposition, meme si le congres d'aout 2016 semble selon les medias considerer la chose comme acquise.
On est done ainsi au niveau d'un choix de nom et de son usage, nom appele a valoir pour tout le monde et en tous temps : anthropocene. Norn ad hoe aux formes du capitalisme financier, et a ce qui a deja lieu, la mise en capital de la nature.
Que fait Haraway ? C'est faire exister a cote de ce nom centre sur anthropos, un nom qu'elle invente de toute piece, non pour faire valoir une autre verite, lancer une polemique, et denoncer une contre verite. Non c'est un nom pour pouvoir continuer de penser, c'est un nom SF :chthulucene, un nom pour un ailleurs, un autre temps, un temps qui a ete, est toujours et pourrait etre. A cote du nom propret de l'anthropocene, et sa politique du bien quipeut alter jusqu'a la mise en capital de la nature, faire exister un nom qui déjoue l’Unique et les comités domestiqués de multiples (L’effet majeur de la capture capitalistique c’est d’empêcher de penser).
Haraway agit et parle à partir du ravage écologique au sens Guattarien du terme, et de l’urgence qu’il y a à trouver des façons de parler, de raconter d’autres histoires, de transformer le langage qui raconte l’éternelle histoire du héros humain et de la civilisation du progrès. Elle fait donc exister à côté de l’évidence consensuelle de l’anthropocène, et des lumières qu’il amènera sur les actions à mener, l’obscur, le chthonien, les basses divinités, et le monstre de Lovecraft. Les animaux ne sont plus les espèces cocompagnes, mais araignée, pieuvre, êtres tentaculaires de contact. C’est avec cela qu’elle se tient du côté des scientifiques et des avancées actuelles de la biologie qui n’ont rien à voir avec La sciencecapitalistiquée qui décrèterait l’anthropocène.
L’urgence, c’est non pas critiquer, dénoncer, la critique ne fait que participer à rabattre les intensités, l’ur- gence c’est de fournir, créer, inventer, les moyens de continuer à penser, et à penser collectivement et en relation, résister à l’inhibition de la pensée, comme effet majeur de la capture capitalistique.
Une politique du nom comme étant le lieu de la bagarre, là où elle ne cesse de planter sa tente. Les figures de ficelles, qui sont aussi tentacules, il faut en prendre soin, pas les couper de leurs zones de contact. À cet endroit d’embrouilles boueuses, de troubles, théorie dans la boue, là se tient publique- ment Haraway … avec d’autres.
Cyborg, savoirs situés, espèces compagnes, sont défaits, de nouveaux tropes sont là. Les êtres tenta- culaires requalifient les jeux de ficelles : « les êtres tentaculaires m’enchevêtrent, leurs nombreux appendices font des jeux de ficelles. Je travaille avec les jeux de ficelles comme tropes théoriques, comme une façon de penser avec, […] Je travaille avec et en SF en tant que compostage matériel- sémiotique, théorie dans la boue, embrouille (muddle).
Le tentaculaire relève de la vie le long des lignes … non de points ou de sphères.

 

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Lacan, le 21 avril 1971 àTokyo (extraits). Texte disponible dans Pas-tout Lacan, site elp.

Dans la psychanalyse, on peut viser ce qu’il en est de la jouissance et c’est très pro- bablement en ça qu’elle a une fonction initiatrice.

Nous en sommes tous là, il y a une façon d’entendre qui fait que nous n’entendons jamais que ce que nous sommes déjà̀habitués àentendre. Quand quelque chose d’autre se dit, la règle du jeu de la parole fait que simplement nous le censurons. La censure est une chose très banale, cela ne se pro- duit pas seulement au niveau de notre expérience personnelle, cela se produit àtous les niveaux de ce que nous appelons nos rapports avec nos semblables, àsavoir que ce que nous n’avons pas déjà̀ appris àentendre, nous ne l’entendons pas. Nous ne nous apercevons pas que tout un morceau, tout un paragraphe de ce qui vient d’être dit, tout son poids particulier, veut dire quelque chose qui n’est bien entendu pas le texte. C’est làque nous entrons dans ce qui est important dans ce que j’enseigne : il veut dire mais ça ne suffit pas de vouloir. On veut dire mais ce qu’on veut dire est en général raté. C’est làque l’oreille du psychanalyste intervient àsavoir qu’il s’aperçoit de ce que l’autre vraiment voulait dire. Et ce qu’il voulait dire, en général, ce n’est pas ce qui est dans le texte.


 

Et c’est pourquoi ces Écrits représentent quelque chose qui est de l’ordre du réel. Je veux dire que c’est forcéqu’ils soient écrits comme ça ; je veux dire par là non pas qu’ils sont inspires, c’est le contraire, c’est justement parce que chacun a été́le fait d’une conjoncture singulière, qu’il m’était demandéquelque chose pour une certaine revue et que j’avais essayéd’y condenser six mois de mon discours. Cet écrit n’est évidemment pas ce que j’ai dit ; c’est quelque chose qui en fait pose toute la question des rapports entre ce qui est parléet ce qui vient dans l’écriture.


 

Ce n’est pas parce que c’est articuléque c’est articulable et c’est bien pour ça que je ne l’articule pas mais je l’écris. C’est quelque chose de différent d’écrire ou d’articuler avec la voix. Contrairement à certains qui ont pris leur matériel dans ce que j’enseigne et qui sont en train d’articuler d’une façon vraiment betifiante que le langage ecrit est premier par rapport au langage parle. C'est absurde. II est bien certain qu'il y a un langage parle et langage ecrit et ii suffit de distinguer ceci que le Ian­ gage ecrit c'est tres probablement pas du langage. Cela ne veut pas dire que a n'a pas une tres grande influence sur le langage. C'est meme pour a que a a une grande influence sur le langage parle. C'est comme le reste de ce a quoi a affaire le langage, c'est autre chose. L'importance du Kanji, c'est justement que c'est comme une chose ce qui ne veut pas dire que le langage l'atteigne plus que tout autre chose. Le langage tourne auteur. Ce n'est pas contradictoire avec ce que je dis qu'il n'y a pas de metalangage : on ecrit S(A) c'est-a-dire Signifiant de A barre - ii faut absolument ecrire A et le barrer ensuite pour que a fasse un signifiant -. Sans ce signifiant tout ce qui est de l'ordre de la communication est impensable et en particulier I'experience analytique.

Dans ce qui est de l'imaginaire vous en avez des exemples : ii suffit de voir operer deux lutteurs, deux personnages qui se battent en duel. Dans ce qui est de l'ordre de cette prise, d'une action d'une image par une autre, ii n'y a aucun moyen de distinguer ce qui est feinte de ce qui est vrai. La feinte, c'est l'action meme. Feindre, c'est ce qu'on a a faire quand on se bat en duel ; feindre ce n'est pas mentir. Feindre c'est faire ce qu'on a a faire dans cette etreinte. Tout ceci est regle par cette chose fondamentale, aussi vraie pour les animaux que pour les hommes, que dans cette espece de reel si mysterieux qu'on appelle la vie, ce fonctionnement imaginaire est absolument essentiel. La capture, la prise par l'image est une chose radicale. Aucune vie n'est pensable sans cette dimension.
Mais dans le discours c'est tout a fait autre chose car le discours n'a de fonction que parce qu'il se situe quelque part, dans un lieu tiers, ou ii s'affirme comme verite. II n'y a pas moyen de faire un mensonge sans supposer cette dimension de la verite alors qu'il n'y a dans la feinte pas trace de mensonge. C'est la prise meme du corps a corps.

II n'y a aucune chance de progresser si ce n'est dans cette voie qui est celle de serrer de plus pres ce qu'il en est de I'experience, de voir de quoi est fait le materiel qui est la operant et dont !'ana­ lyse se trouve parfaitement dependre.
Car ii est certain que l'analyste est implique dans toute analyse. Et c'est pour cela que les analystes sont si decides a ce que les chases n'avancent pas, parce que leur situation est deja bien suffisam­ ment desagreable, dans la situation actuelle, pour qu'ils n'aient aucune envie de l'aggraver.
Quand ii s'agit de devenir le roe soi-meme a pose bien d'autres problemes et c'est de a dont ii s'agit pour l'analyste, mais ii ne veut a aucun prix devenir ce roe.
La grande ambigu'ite est dans la relation duelle, et s'il y a une chance que nous avancions dans ce qu'il en est de notre relation avec notre semblable, c'est bien la psychanalyse qui peut nous le montrer. C'est dans la mesure ou c'est beaucoup plus que notre semblable que nous avons en face de nous, c'est notre prochain, c'est-a-dire ce que nous avons le plus au creur de nous-memes. On s'etait aperu de a bien avant la psychanalyse, mais on l'a vu sur un plan qui n'est pas celui qui nous interesse, puisque c'est sur le plan scientifique qu'il s'agit de le voir.
Ce qui ne veut pas dire que le savoir non scientifique n'a pas ete capable d'atteindre des chases qui ont un rapport etroit avec la jouissance. Dans la psychanalyse, on peut viser ce qu'il en est de la jouissance et c'est tres probablement en a qu'elle a une fonction initiatrice. La science, qui pre­ cede d'une mise hors de jeu, d'une mise hors de champ de la jouissance, peut trouver dans la psy­ chanalyse son nreud, son lien, son pedicule, son articulation.
C'est a qui fait l'interet de la psychanalyse, c'est ce qui permet que se fasse autour cette accu­ mulation de nuages qu'on appelle les sciences humaines. Je veux bien que la psychanalyse ait quelque chose a faire avec les sciences humaines a une seule condition, c'est que les sciences humaines disparaissent, qu'on s'aperoive que la psychanalyse n'est la que le fil, le pie, qui per­ met a cette accumulation d'avoir un semblant d'existence. Mais des que quelque chose fonctionne en son centre,ii ne peut plus rien rester de ce qui s'appelle actuellement Sciences Humaines.
Maintenant, ii faut que la psychanalyse survive, c'est un grave probleme. Survivra-t-elle quand je serai mort ?

 

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Nous ne savons plus ce que c’est que les dieux. Jean-Pierre Vernant l’a souligné, Lacan l’a dit. À condition d’ajouter que c’est avec l’expérience que Frédérique Ildefonse va les pratiquer et pas avec la spécialité de l’ethnographie. Et elle précise : nous restons la plupart du temps déterminés par les concepts de la philosophie grecque, traduits en latin, augmentés de christianisme, puis de philosophie allemande. Pourquoi les psychanalystes ne font-ils pas plus cas des travaux venus de champs de plus en plus décloisonnés de la philosophie, l’anthropologie et pour ce qui est de la Grèce antique, pourquoi donnent-ils le primat aux travaux sur Platon et Aristote, et ne cessent, pour les stoïciens, de citer Bréhier. Bréhier nous les a fait découvrir mais pourquoi se priver de la rigoureuse étude des textes par les philosophes logiciens qui s’y sont penchés depuis la deuxième moitié du XXe siècle !


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Ce qui est intéressant dans les textes de ces collectifs comme Contrées ou Tiqqun ou plus anciens Radio Alice, ou Starhawk, c’est qu’ils tentent de relater et d’analyser au cas par cas une pratique transformatrice d’eux-mêmes et d’autres, en lutte contre ce qui limite concrètement leur vie et celles d’autres et de réfléchir à ses coordonnées, non sans avoir recours à des textes philo, anthropo, etc. selon les réquisits d’une pratique théorique qui peut prendre nom d’expérimenta- tion. Mobiliser les ressources des textes et d’autres expériences contemporaines et/ou passées. Dans un aller-retour de transformation mutuelle et d’histoire en train de se faire tout en revisitant l’histoire majoritaire et la trouant de résurgences comme autant de survivances qui vérifient l’existence d’un autre temps que celui des horloges et de la naturalisation de l’actuel.
De la même manière nous sommes requis dans notre propre expérience, le champ de la santé mentale tel qu’il a été modifié, ou non, ou continue à l’être, ou pas, par la psychanalyse à laquelle nous tenons, (puisqu’on continue de la pratiquer) de pouvoir répondre de ce qui y opère et dont une théorie abstraite ne saurait nous dégager à bon compte : la psychanalyse symptôme social a dit Lacan ! (J’ai toujours été frappée de ses horizons qu’il postulait dans sa proposition pour la passe, comme quoi tout se tient !) Notre pratique non seulement est située dans une contempo- ranéité dont nous nous devons de prendre la mesure et en même temps nous efforcer de la situer dans son fonctionnement singulier selon les choix éthiques et esthétiques (souci des formes sen- sibles pour le dire vite) qu’elle opère je dirais performativement, c’est-à-dire ni idéologiques ni programmatiques, geste requis de même dans les pratiques scientifiques et artistiques. Je dis un « nous » comme si je pouvais ici prononcer du collectif ! L’existence du lieu école de psychanalyse met bien depuis l’origine de cette discipline cette question au travail ! Rapport aux concepts qui organisent et théorisent l’expérience, pratique située et non, neutralité des façons d’accueillir et de penser ce qui se passe. Refus de la psychanalyse appliquée. Impossibilité de ne pas tenir compte de la modification des paradigmes qui affectent la subjectivation contemporaine, sinon ce serait postuler une universalité et éternité soumises à critique. Les coordonnées mises en jeu tou- chent à ce que c’est que faire des histoires, au langage, au sujet, et à l’objet, au temps et à l’es- pace. Des pratiques de signes. Si signe renvoie à la multiplicité des intensités en jeu et en mouve- ment comme événement à la fois expressif et énigmatique, opaque et appelant à un processus de subjectivation dans sa répétition comme différence à soi. Symptôme nœud de signes disait Lacan quand il n’a plus dit seulement symptôme métaphore signifiante.

 

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La psychanalyse comme expérience de langage. Quand on a dit ça, c’est le minimum insuffisant, de même l’inconscient structuré comme un langage en a laissé plus d’un un peu coi. Lacan ne cesse de mettre à l’épreuve et de déplacer ce dont il se sert pour écrire, parler, diagrammatiser, puis avec cordes et ciseaux, la pratique psychanalytique.
La transversalité et l’écosophie, autre façon d’en parler selon la proposition de Guattari, sont à même de faire du politique une expérimentation matérielle sémiotique, comme le dit Haraway, par exemple, qui concerne chacun dans sa pratique, s’il fait de l’intolérable et de l’impossible la mise en mouvement de son geste. L’enjeu n’est pas alors l’histoire des idées, ni l’académisme de la psychanalyse ! Ni Lacan par lui-même. Il s’est bien gardé de l’écrire !


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Intervenants :

 

Michèle Duffau - Marie-France Basquin - Mayette Viltard - Françoise Jandrot Julio Barrera-Oro - Xavier Leconte - Marie-Magdeleine Lessana - Rosine Liénard Anne Marie Ringenbach - Anne-Marie Vanhove - François Dachet - Ninette Succab Claude Mercier - Jean-Hervé Paquot - Colette Assouly-Piquet - Marie Jardin -Luc Parisel

 

Quelques livres :

 
Felix Guattari, La revolution moleculaire, Les prairies ordinaires.

  • Qu'est-ce que l'ecosophie (textes reunis et presentes par Stephane Nadaud), Editions Llgnes, 2014 Rene Scherer, Nourritures anarchistes - L'anarchisme explose, Hermann, 2008.

David Graber, Pour une anthropologie anarchiste, Lux, 2006. Kristin Ross, L'imaginaire de la Commune, La fabrique, 2015.
Giogio Agamben .. Vars une tMorie de la puissance destituante '" internet. David Lapoujade, Les existences moindres, Les Editions de Minuit, 2017.
Etienne Souriau, Les differents modes d'existence suivi de De l'ceuvre a faire, presentation de Isabelle Stengers et Bruno
Latour, PUF, 2009
Erving Goffman, La mise en scene de la vie quotidienne, Tome 1 la presentation de soi, Minuit, 1973. Monique Wittig, Sande Zeig, Brouillon pour un dictionnaire des amantes, Grasset, 1976, rMd. 2010. Monique Wittig, Les Guerilleres, Minuit, 1969.
La pensee straight, Balland .. Le Rayon .., 1992, rMct editions Amsterdam.
Louis Hjelmslev, .. La structure fondamentale du langage .., 3 conferences extraites de Prolegomenes a une theorie du langage, Ed Minuit.
Donna Haraway, Simians, cyborgs, and women. The reinvention of nature, Routledge, 1990, Manifeste cyborg et autres essais, Sciences, fictions, feminismes, Exits, 2007.
Donna J. Haraway Staying with the trouble, Making kin in the Chthulucene, Duke University Press, 2016. Trois textes traduits appartenant a Staying with the trouble

  • Jeux de ficelles avec les especes compagnes : raster avec le trouble in Les animaux : deux ou trois choses que nous savons d'eux. Editions Hermann. Paris 2014 Colloque de Cerisy 2010
  • Sympoiese, SF, embrouilles multlspecifiques, in Gestes speculatifs, Collection drama, Paris 4eme trimestre 2015.

Colloque de Cerisy 2013
Anthropocene, Capitalocene, Plantationocene, Chthulucene :faire des parents. In Multitudesn°65, hiver 2016 Stengers et D. Debaise (dir.), Gestes speculatifs , Presses du Reel, 2015,
Eduardo Viveiros de Castro et Deborah Danowski, " L'arrt de monde .., in E. Hache (dir.), De l'univers clos au monde infini, Editions Dehors, 2014.
Maria Puig, Politiques feministes et construction des savoirs : " penser nous devons ! "• L'Harmattan, 2012
Isabelle Stengers et Vinciane Despret, Les faiseuses d'histoires. Que font les femmes a la pensee ? , Les Emp(!cheurs de tourner en rond, La Decouverte, 2011.
Isabelle Stengers et Philippe Plgnarre, La sorcellerie capltaliste, La decouverte, 2007.
Anne-Marie Lassallette-Carassou, Sorciers, sorcieres et neopa"iens dans l'Amerique d'aujourd'hui, P.U.B., 2009. Starhawk, Chroniques altermondialistes. Tisser la toile du soulevement global, Cambourakis, 2016
Alice Cook et Gwyn Kirk, Des femmes contra des missiles. Rves, ideas et actions a Greenham Common, Cambourakis,
2016 et !'introduction de Benedikte Zitounl.
E. Hache (dir.), Ecologie politique. Cosmos, communaute, milieux, Editions Amsterdam, 2012 Razmig Keucheyan, La nature est un champ de bataille, Zones, 2014.
Arthur Koestler, Les Somnambules. Essai sur l'histoire des conceptions de l'Univers, Paris, Les Belles Lettres, (1958] 2010. Starhawk, Rver l'obscur, femmes, magie et politique, preface Emilie Hache, postface Isabelle Stengers, editions Cambourakis, collection Sorcieres, Paris, 2015.
bell hooks, Ne suis-je pas une femme ? Femmes noires et feminisme, editions Cambourakis, collection Sorcieres, Paris, 2015.
Barbara Ehrenreich, Deirdre English, Sorcieres, sages-femmes & infirmieres, Une histoire des femmes soignantes, edi­ tions Cambourakis, collection Sorcieres, Paris, 2014.
Silvia Federici, Callban et la sorciere, femmes, corps, et accumulation primitive, Marseille Senonevero et Geneve­ Paris,Entremonde, 2014.
Bruno Latour, Sur le culte moderne des dieux faitiches, suivi de lconoclash, Les empcheurs de penser en rond/La decou­
verte, Paris, 2009.
Frederique lldefonse, Ii y a des dieux, Put, 2012U
Freud, une difficulte de la psychanalyse, 1917, sur internet.
Pierre Klossowski, La monnaie vivante, PayotfRivages, 1997, ou Eric Losfeld, 1970.

Lacan, Discours de Tokyo, 1971, site elp, Pas-tout Lacan..


 

Inscriptions sur place à 9h.

 

Formation permanente 275€. À titre individuel 100€. Tarif réduit 50€
CLINIC ZONES 212 avenue du Maine, 75014 PARIS - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Direction et coordination : Anne Marie Ringenbach, Mayette Viltard.