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cz laciotat19iFaire des proches pas des populations

 

les 30 novebre & 1er décembre 2019

à L'Agora 64 rue du Père Corentin 75014 Paris

Samedi de  9H à 18H et dimanche de 9H30 à 16H

 

Il n’est plus si simple d’être vivant dans un monde où nous sentons l’urgent – et vitalement nécessaire – besoin d’apprendre à être vivants avec d’autres. Être vivant semble être une entreprise collective, en dépendance constante avec la pré- sence des autres. Cette interdépendance, qui est le produit de l’instabilité inhé- rente à la vie, s’avère également la condition de son maintien. Être vivant, comme manière d’être, c’est être en devenir avec d’autres. On reconnaît là le courant des études de ce qu’on va appeler, pour faire court, les SF, les Harawayan Studies. Faire des proches, pas des populations.

 

Écologie, anthropologie, philosophie, biologie, éthologie, enchevêtrements de la matière et des significations, transversalités de ces disciplines, très, très intéres- sant nous dit-on. Mais en quoi serait-ce de la psychanalyse et non un égarement des psychanalystes emportés par le déferlement de plus en plus médiatique des écologies, climats, planètes, zads, communs, etc.

 

C’est vite oublier que Freud considérait ces questions comme des difficultés de la psychanalyse. Écrit en pleine guerre, en 1917, et d’abord publié en hongrois, Freud écrivait, dans Une difficulté de la psychanalyse :

 

- Au début de cette investigation, l'homme pensa d'abord que son habita- tion, la terre, se tenait en repos au centre de l'univers, tandis que le soleil, la lune et les planètes se mouvaient dans des orbites circulaires autour de celle-ci. Il en croyait ainsi naïvement ses sens, car l'homme ne sent point le mouvement de la terre, et partout où il peut porter librement ses regards, il se trouve au centre d'un cercle qui renferme le monde extérieur. La posi- tion centrale de la terre lui était d'ailleurs une garantie du rôle prédominant de celle-ci dans l'univers et semblait en harmonie avec sa tendance à se sentir le seigneur de ce monde.
- L'homme s'éleva, au cours de son évolution culturelle, au rôle de seigneur sur ses semblables de race animale. Mais, non content de cette pré-dominance, il se mit à creuser un abîme entre eux et lui-même. Il leur refusa la raison et s'octroya une âme immortelle, se targua d'une descendance divine qui lui permettait de déchirer tout lien de solidarité avec le monde animal. Cette présomption, ce qui est curieux, reste encore étran- gère au petit enfant comme à l'homme primitif.
- La troisième humiliation, d'ordre psychologique, lui est cependant la plus sensible. L'homme, quelque rabaissé qu'il soit au-dehors, se sent souve- rain dans sa propre âme. Il s'est forgé quelque part, au cœur de son moi, un organe de contrôle qui surveille si ses propres émotions et ses propresà ses exigences. Ne le sont-elles pas, les voilà impitoyablement inhibées et reprises.

 
Trente ans après, en 1959, comment Lacan aborde-t-il – en présence deJakobson, et en pleine lecture de C.S. Peirce– le problème de l’Éthique de lapsychanalyse dans la première séance du 18 novembre 1959 :

Je crois que l’expérience de la psychanalyse est hautement significative d’un certain moment de l’homme qui est celui dans lequel nous vivons, sans pouvoir toujours, et même loin de là, repérer ce que signifie l’oeuvre dans quoi nous sommes plongés, l’oeuvre collective,le moment historique. Et d’autre part, cette expérience particulière quiest celle de notre travail de tous les jours.
[Malaise dans la civilisation est pris comme un petit excursus deFreud dans le domaine de la philosophie], je vous prie de considérerce point de vue, trop répandu dans l’analyse, comme devant être absolument écarté. Le Malaise de la civilisation est une oeuvre absolumentessentielle, première, dans la compréhension de la pensée freudienne, dans la sommation de son expérience

Dix vingt ans après, dans le fil de mai 68, les jeux de ficelles prennent leur essor dans les travaux de Lacan (« Je patauge, comme tout le monde »), Godard se bagarre contre la transformation de la vague en « Nouvelle Vague », il est bien difficile de passer de l’image mouvement à l’image temps… Et Pasolini peut écrire dans ses Écrits corsaires :
 
Le bombardement idéologique télévisé n'est pas explicite : il est tout entier dans les choses, tout indirect. Mais jamais un "modèle de vie" n'a vu sa propagande faite avec autant d'efficacité qu'à travers la télévision. Le type d'homme ou de femme qui compte, qui est moderne, qu'il faut imiter et réaliser, n'est pas décrit ou analysé : il est représenté ! Le langage de la télévision est par nature le langage physicomimique, le langage du comportement ; qui est donc entièrement miné, sans médiation, dans la réalité, par le langage physico-mimique et par celui du comportement : les héros de la propagande télévisée
– jeunes gens sur des motos, jeunes filles à dentifrices – prolifèrent en millions de héros analogues dans la réalité. C'est justement parce qu'elle est purement pragmatique que la propagande télévisée représente ce moment d'indifférentisme de la nouvelle idéologie hédoniste de la consommation, et qu'elle est donc très efficace.
 
Dans cette session encore, nous commencerons par un film, oublié, il avait coulé avec la grande distribution, d’un auteur qui réapparaît aujourd’hui, grâce aux DVD, aux zadistes, et à Internet.

 

Intervenants

Michèle Duffau - Mayette Viltard
Marie Jardin - Françoise Jandrot - Luc Parisel
Xavier Leconte - Julio Barrera-Oro - Ninette Succab
Marie-Magdeleine Lessana - Rosine Liénard
Anne Marie Ringenbach - Anne-Marie Vanhove - François Dachet
Claude Mercier - Jean-Hervé Paquot

 

Textes épars pour cette session

 

Sigmund Freud, Une difficulté de la psychanalyse, 1917 ; Malaise dans la civilisation, 1929.
Jacques Lacan, L’Éthique de la psychanalyse, 1959-60 (novembre et décembre) ; Les non dupes errent, 1973-74
Pier Paolo Pasolini, Écrits corsaires, 1975.
Charles Sanders Peirce, « Vue d’ensemble du pragmatisme », Pragmatisme et sciences normatives,
OEuvres II., Paris, Cerf, 2003 ; Écrits sur le signe, Textes rassemblés, traduits et commentés par Gérard Deledalle, Paris, Seuil, Points - Essais, 2017,
C. Tiercelin, C. S. Peirce et le pragmatisme, Paris, PUF, 1993, p. 61. Nouvelle version disponible en ligne, ainsi que « Le vague est-il réel ? Sur le réalisme de Peirce » (1986).
T. Deacon « À propos de l’homme, ou comment repenser la sélection naturelle du langage humain », in, Labyrinthe, L’éloquence des singes, Paris, Hermann, 2012, n°38.
E. Kohn, Eduardo Kohn, How ForestsThink, Toward an Anthropology Beyond the Human, Berkeley, University of California Press, 2013 ; Comment pensent les forêts, Vers une anthropologie au-delà de l’humain, Bruxelles, Zones Sensibles, 2017,
Donna Haraway, « Making Kin in the Chthulucene: Reproducing Multispecies Justice »ET«Staying with the trouble for multispecies environmental justice » In Donna Haraway et Adele E. Clarke eds. Making Kin Not Population, Prickly Paradigm Press Chicago, 2018.; « Sympoïèse, SF, embrouilles multipsécifiques », in Gestes spéculatifs, Presses du Réel, 2015 ; Jeux de ficelles avec les espèces compagnes: rester avec le trouble, in Les animaux: deux ou trois choses que nous savons d'eux, Hermann, 2014.
Vinciane Despret, Être vivant, un appel à multiplier les mondes, 2019.
Didier Debaise, “L’intensification de l’expérience”, in D. Debaise et I. Stengers, eds, Gestes spéculatifs,
Isabelle Stengers, Réactiver le sens commun. Lecture de Whitehead en temps de débâcle. La Découverte/Les empêcheurs de penser en rond, à paraître, janvier 2020.
James Scott, Zomia ou l’art de ne pas être gouverné, ed.Seuil.
James Scott, Homo Domesticus : une histoire profonde des premiers États, ed. La découverte.
Alexis Zimmer ed., Brouillards toxiques, vallée de la Meuse, 1930, Contre-enquête, Zones sensibles.
Félix Guattari, Chaosmose, 1991, ed. galilée.
Malcom Ferdinand, Une écologie décoloniale, anthropocene Seuil, 2019. Itinérances, revue octobre 2018, les laboratoires d’Aubervilliers.
Dénétem Touam Bona, Fugitif, ou cours-tu ? PUF, coll. Des mots, 2016.
Dénétem Touam Bona, Cosmo-poétique du refuge, Essai. https://www.terrestres.org/2019/01/15/cosmo-poetique-du-refuge
Sylvie Chalaye, Corps Marron, Les poétiques de marronnage des dramaturgies afro-contemporaines, Éditions Passage(s)

 

Inscriptions sur place à 9h.

Formation permanente 275€. À titre individuel 100€. Tarif réduit 50€
CLINIC ZONES 212 avenue du Maine, 75014 PARIS - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Direction et coordination : Anne Marie Ringenbach, Mayette Viltard.