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WORKSHOP 2022

 

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Penser avec Karen Barad

samedi 5 février

de 9h30 à 12h et de 14h à 16H30

à L'Agora 64 rue du père Corentin 75014 Paris

Métro ligne 4 Porte d’Orléans Bus 38 et 92 Tram T3a
participation aux frais pour la journée: 20€ - tarif réduit 10€

Le Cahiers de L'unebévue : À la rencontre de l'univers, Karen Barad, Tome 2 : Diffractions est disponible !

 

  Argument

 

Vous ne pouvez pas vous imaginer que j’en ai été tellement content d’en être arrivé là. Parce que toujours il y a une petite tendance à raisonner, des hommes et du monde humain, comme s’il s’agissait de lunes. C’est en somme le calcul de leurs masses, de leurs rapports, de leur gravitation qui est en fin de compte le dernier mot de ce qu’il s’agit. Il ne faut pas croire que c’est une illusion qui nous soit, à nous savants, particulière : c’est très tentant, et même très tentant tout spécialement pour les politiques. Il y a des ouvrages oubliés, comme ça, un ouvrage qui n’était pas spécialement illisible, parce qu’il n’était probablement pas de l’auteur qui l’avait signé, qui s’appelait Mein Kampf, qui a perdu beaucoup de son actualité. À travers tout Mein Kampf, je pense que vous vous souvenez, c’était d’un nommé Hitler, on y parlait des rapports entre les hommes comme de rapports entre des lunes et nous sommes toujours tentés de faire une psychologie, une psychanalyse de lunes. Qu’elles soient réelles, c’est je crois la première raison : qu’elles soient intégralement réelles, qu’il n’y ait en principe chez elles absolument rien qui soit de l’ordre d’une altérité à elles-mêmes, qu’elles soient purement et simple- ment ce qu’elles sont, et qu’on les retrouve en fin de compte toujours à la même place, c’est là un des premiers points essentiels pour lesquels les étoiles ne parlent pas. Car c’est bien dans ce « toujours à la même place » que réside le fait de tout ce qui va se développer par la suite, à savoir qu’en fin de compte il suffisait de s’en apercevoir, si je puis dire, pour donner toute sa rigueur au fait que ce sont des réalités Enfin quand même, enfin Newton vint. Et il y avait déjà un moment que ça se préparait. Parce que si l’histoire des sciences vous intéresse, vous pourrez voir qu’il n’y a pas de meilleur exemple que l’histoire des sciences pour savoir à quel point le discours humain est universel. C’est–à–dire qu’on est à se demander pourquoi en fin de compte il faut le regarder à la loupe pour bien se rendre compte pourquoi il y a eu une fin du fin qui part de l’homme, l’astucieux des astucieux, et a fini par donner la formule définitive de ce que tout le monde brûlait depuis un siècle, autour de ce dont il s’agissait, à savoir, en fin de compte : les faire taire. Et Newton y est définitivement arrivé. Nous sommes tranquilles de ce côté-là, les planètes et tout ce qui les concerne, tout ce qui rentre dans le champ unifié, ne parlera plus jamais, parce que ce sont des réalités complètement réduites au langage. En fait, chaque fois que nous avons affaire à un monde où reste un résidu de la notion d’action… d’action véritable, authentique, de ce quelque chose de nouveau qui surgit d’un sujet, et il n’y a pas besoin pour cela que ce soit un sujet animé… chaque fois qu’il s’agit d’une action comme telle, nous nous trouvons devant quelque chose dont seul notre inconscient est à ne point s’effrayer. Car au point où se poursuivent actuellement les progrès de la physique, on aurait tort de s’imaginer que c’est couru d’avance, que pour le tout petit, l’atome, l’électron, on leur a déjà rivé leur clou. Pas du tout ! Mais il est bien clair que c’est du côté du langage qu’il se produit quelque chose de drôle. C’est à quoi se ramène le principe d’Heisenberg. C’est que quand on peut préciser un des points du système, on ne peut pas formuler les autres. Quand on parle de la place des électrons, quand on leur dit « tenez-vous là, restez toujours à la même place » on ne sait plus du tout où en est ce que nous appelons couramment leur vitesse. Qu’inversement, si on leur dit « et bien entendu, vous vous déplacez tout le temps de la même façon » on ne sait plus du tout où ils sont. Ceci, bien entendu, je ne dis pas qu’on va rester toujours dans cette position, quand même éminemment persiflante. Mais c’est peut–être ce qui, jusqu’à nouvel ordre nous donne l’idée que puisqu’on ne peut pas unifier le champ du langage, eh bien, jusqu’à nouvel ordre, nous ne pouvons dire qu’une chose : c’est qu’ils ne répondent pas là où on les interroge. Plus exactement, que du fait de les interroger quelque part, il y a à ce moment-là l’impossibilité de les saisir dans l’ensemble. Bien entendu, la question n’est pas tranchée de ce seul fait qu’ils ne répondent pas. C’est même peut-être que justement il peut y avoir ce qu’on appelle une véritable réponse, c’est-à-dire quelque chose qui… ce n’est pas douteux, on n’est pas tranquille… un jour peut nous surprendre, de sorte qu’en fin de compte pour ne pas parler de mysticisme je ne vais pas vous dire que les atomes et les électrons parlent. Mais, pourquoi pas ? Tout se passe comme si. Il est très certain, en tout cas, que la chose serait complètement démontrée à partir du moment où ils commenceraient à nous mentir. Si les atomes pouvaient nous mentir, c’est-à-dire jouer avec nous au plus fin, nous serions absolument convaincus, à juste titre. Vous touchez là du doigt, de quoi il s’agit, des « autres » en tant que tels, et non pas simplement en tant qu’ils reflètent notre catégorie a priori et toutes les formes plus ou moins transcendantales de notre intuition. Enfin c’est – Dieu merci ! – des choses auxquelles nous aimons mieux ne pas penser. Si un jour ils commençaient sur ce plan-là, c’est-à-dire qu’ils nous foutent dedans, vous voyez où on irait ! On ne saurait véritablement plus où on est ! C’est le cas de le dire ! Et c’est bien à cela que je faisais allusion la dernière fois, à quoi pensait tout le temps M. Einstein, qui ne ces- sait pas de s’en émerveiller, à la vérité. C’est une phrase à laquelle on aurait tort de ne pas donner toute son impor- tance, tout le temps il rappelait au monde que : « Le Tout-Puissant est un petit rusé, mais il n’est certainement pas malhonnête ». Et c’est d’ailleurs la seule chose qui permette, justement…parce qu’il s’agit là du Tout-Puissant non physique… de faire la science, c’est-à-dire en fin de compte de le réduire au silence, le Tout-Puissant. C’est bien autour de cela que M. Einstein est resté à méditer, pas jusqu’à ses derniers moments, mais très longtemps. Et il a éprouvé le besoin de le rappeler à tout le monde. Ceci, nous pouvons l’éclairer de mille façons. J’ai essayé de vous montrer ces vérités premières par le chemin le plus court, mais la question est de savoir si… quand il s’agit de cette science humaine par excellence qui s’appelle la psychanalyse… si notre but et notre fin est d’arriver au champ unifié, est d’arriver à faire de l’homme et des hommes, des lunes, et si nous ne les faisons tellement parler que pour arriver à les faire taire. La question est tout à fait essentielle.

Lacan. Le Moi, Séance du 25 mai 1955

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Bohr remet en question deux principes fondamentaux sur lesquels s’appuie la notion de transparence de la mesure dans la physique newtonienne : 1) que le monde est composé d’objets individuels avec des frontières et des propriétés déterminées dont les valeurs bien définies peuvent être représentées par des concepts abstraits universels qui ont des significations déterminées indépendantes des spécificités de la pratique expérimentale ; et 2) que ces mesures impliquent des interactions constantes déterminables telles que les valeurs des propriétés obtenues peuvent être attribuées à juste titre aux propriétés préexistantes des objets en tant que séparés des actes d’observation. En d’autres termes, ces principes supposent de croire 1)- au représentationnalisme (l’existence indépendamment déterminée des mots et des choses), 2)- à la métaphysique de l’individualisme (que le monde est composé d’entités individuelles avec des frontières et des propriétés individuellement déterminées), et 3)- à la séparabilité intrinsèque du connaissant et du connu (que les mesures révèlent les valeurs préexistantes des propriétés d’objets existant indépendamment en tant que séparés des pratiques de mesure).

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Dans le tome 1 de A la rencontre de l’univers, la philosophie-physique de Niels Bohr permet à Karen Barad de délaisser le binarisme qui sous-tend les notions de matière, de discours, de causalité, de capacité d’agir, de pouvoir, d’identité, d’encorporation, d’objectivité, d’espace, et de temps. « Nous faisons partie de la nature que nous cherchons à comprendre » : voilà ce que Bohr considérait être le coeur de l’enseignement de la physique quantique. Bohr offre un récit protoperformatif des pratiques scientifiques, un récit de la production des corps et des significations. Son réalisme met en cause la position, tenue pour acquise, du représentationalisme envers à la fois les mots et les choses. Cet engagement transdisciplinaire oblige Karen Barad à reprendre la controverse – qui n’a jamais été close – à propos des intentions d’Heisenberg lors de sa visite à Bohr dans Copenhague occupée par les nazis en 1941.

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Dans le tome 2 : La diffraction est un phénomène quantique qui explicite la chute de la métaphysique classique. La méthodologie de la réflexivité reflète l’optique géométrique de la réflexion, et tout l’accent récent mis sur la réflexivité comme méthode critique du positionnement de soi reste pris dans les géométries du même ; en revanche, les diffractions sont sensibles aux différences que nos pratiques de fabrication du savoir produisent et aux effets qu’elles ont sur le monde.
De manière cruciale, la diffraction prend en charge la nature relationnelle de la différence ; elle ne pense pas la différence comme une question d’essence ou comme sans importance : un motif de diffraction ne cartographie pas là où les différences se manifestent, mais cartographie plutôt là où les effets des différences se manifestent.
 
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En tant que physicienne, je reste confondue par la beauté et la profondeur de ce phénomène physique, la diffraction, que je ne peux m’empêcher de voir presque partout dans le monde. Nous pouvons comprendre les modèles de diffractions − modèles de différence qui font une différence − comme étant les constituants fondamentaux qui composent le monde.

Karen Barad

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Publication  du  livre  de  Karen  Barad

À la rencontre de l’univers, La physique quantique et l’enchevêtrement matière-signification,

Traduit de l’américain par Denis Petit.

Tome  1  -  L’AFFAIRE  COPENHAGUE,  Science  et  éthique  de  l’enchevêtrement  matière-signification,

L’unebévue-éditeur, 2020. Supplément au N°37 de la revue L’unebévue, L’habitude du signifiant.

 Tome 2 - DIFFRACTIONS, différences, contingences, et enchevêtrements qui importent, L’unebévue-éditeur, janvier 2022.

Supplément au N°38 de la revue L’unebévue, Penser sémiotiquement.

 

Workshop  :  le matin

 Présentation du workshop par Mayette Viltard, et projection du film Copenhagen de Howard Davies, sous-titré par Jean-Hervé Paquot. Ce film a été réalisé à partir de la pièce de théâtre Copenhague, de Michael Frayn,1998, texte français de Jean-Marie Besset, Actes Sud-Papiers,1999. Cette pièce sert de contrepoint à Karen Barad pour développer sa lecture de la philosophie-physique de Niels Bohr.

 

L’après-midi

 Le workshop a été préparé par un certain nombre de personnes. Le débat se développera sur la base du film et des textes travaux autour de Karen Barad

 

Textes   :

  • Jacques Lacan, séminaire Le moi, séance du 25 mai 1955, site de l’elp.
  • Isabelle Stengers, Cosmopolitiques, Tome 4, Mécanique quantique : la fin du rêve, La Découverte, 1997.
  • Préface de Marie-Hélène Bourcier au livre de Donna Haraway, Des singes, des cyborgs et des femmes, la réinvention de la nature, traduit de l'anglais par Oristelle Bonis. ed. Jacqueline Chambon, Rayon Philo, 2009

 

 

Participation aux frais de la journée : 20€ - tarif réduit 10€