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CLINIC ZONES

 

La prochaine session se tiendra à Marseille

 

les 16 & 17 Mai 2020.

 
Le samedi de 9h à 12h 30 et de 14h 30 à 18h
Le dimanche de 9h à 12h et de 14h à 16h
 Au
  Radisson Blu Hotel, Marseille Vieux Port
38-40 Quai Rive neuve
13007 Marseille 

PLACE PUBLIQUE

Penser avec Karen Barad

ANNULATION Covid19

Ainsi que la Place Publique 28 mars

barad i

Le workshop "Karen Barad" est reporté au 30 mai

 

 

 

Programme 2020 :
Menthe à l'eau, Ciné, Conférences de l'Unebévue, Workshop

36 iL'Unebévue N°36 : Maintenir la vision

ISBN : 978-2-914596-57-2, ISSN : 1168-148X , 256 pages, 22€.

Comité nomade : Anne-Marie Vanhove, Xavier Leconte, Marie Jardin.

 Supprimer l’agonie. Marie Magdeleine Lessana

 

A propos de la peinture de Ceija Stojka

La peinture de Ceija Stojka est une œuvre du présent, -un présent incessant-, non pas une œuvre de mémoire.
Petite Rom, déportée à l’âge de onze ans.
À 45 ans, elle rencontre une femme journaliste qui l’invite à dire et écrire l’expérience. Elle n’avait pas parlé de ça jusque là, car elle n’avait pas eu de véritables raisons, ni d’occasions de parler des camps avant. Parler de n’était pas son mouvement naturel.
À 55 ans, on l’invite au Japon pour raconter. Un enfant japonais lui demande un dessin, elle lui offre une carte postale. L’enfant voudrait une image faite par elle. Ceija n’a jamais dessiné. Elle plonge ses doigts dans la peinture et peint un champ de tournesols. Le tableau vibre. Ce sera le premier d’une longue série. Une œuvre.
Le geste a levé une digue, ouvert un flot d’images surgies du présent.

 
 

Les tableaux se forment sous ses doigts, dans sa cuisine, avec des batons, des chiffions, des éponges. Ceija a toujours onze ans. On est avec elle dans les camps. On n’a pas d’âge.
Elle est revenue de là d’où l’on ne revient pas. Est-elle revenue ? Qui ? Quoi est revenu ?
Elle connaît le présent, un mode de vie ancestral.
Le vent du chemin, les chants de la communauté roulante, la langue secrète des Tsiganes, la chaude vie nomade de la route, la beauté des ciels, les mélodies des oiseaux, la profondeur de la nuit, l’ampleur de la campagne autrichienne, la dureté des choses à inventer chaque jour dans la débrouille, le vol, la rudesse, le danger, les passions. C’est la vie du présent.
Même à Auschwitz, à Ravensbrük, à Bergen Belsen sa mère continue, tenace, à fabriquer la vie au présent avec rien, dans le froid glacé, la faim, la terreur, la mort imminente, la mort certaine. Elle bricole le peu qu’elle trouve, elle saisit les interstices.
Ceija sait voir la faille, regarder dans la fente. En danger, elle aiguise une acuité de chaque situation, elle trouve des solutions minuscules. La peinture des bottes flottantes des SS me fait dire qu’entre innocence poétique et sagesse tremblante, elle devine l’instant de faiblesse des bourreaux. Elle saisit la cruauté chaque fois cinglante, la subit toujours comme un événement, jamais comme un engloutissement massif. Une cruauté fissurée. Leur haine et leur brutalité montrent quelques soubresauts, des accents que les femmes tsiganes savent percevoir.

Les textes de Ceija, et davantage ses peintures, ne la tuent jamais entièrement, ni ne la sauvent.
Ils déploient la force inouie du présent.

Marie-Magdeleine Lessana, Paris, 2019.