Un Carlyle représente le sujet pour un autre Melville

Xavier Leconte

in Revue de l'Unebévue N° 28 LES BATEAUX NOIRS DU GENRE, p. 11

♦ Pavillon noir et Jolly Roger

« Le moment où un jeune homme s’enrôle sur un bateau noir est aussi fatidique que l’instant où une moniale épouse le Christ. Comme la jeune fille au Carmel, le pirate se voue à l’absence. Il s’efface. En prononçant ses vœux dans l’ordre de la piraterie, il congédie les paysages de son enfance. Il abolit ses amis, ses parents et presque sa naissance. » Gilles Lapouge

 

 

 

♦ Sartor Resartus

« Le cheval que je monte a son propre cuir sans défaut ; dépouillez-le de ses sangles, accessoires et courroies, que j’ai attachés autour de lui, et la noble créature est pour elle-même couturier, tisserand, fileur ; et même son propre cordonnier, joaillier et chapelier ; il bondit librement par les vallées, avec un Habit de cour imperméable et inusable sur le corps, où la tiédeur et l’aisance des mouvements ont atteint la perfection ; et même les grâces non plus n’ont pas été oubliées : ruchés et franges, d’une brillante variété de teintes, élégamment ajoutés et toujours en heureuse position, ne manquent pas. Tandis que moi — juste ciel — je me suis recouvert de toisons de moutons morts, d’écorces de plantes, d’entrailles de vers, de peaux de bœuf ou de phoque, du feutre de bêtes à fourrures, et je m’avance comparable à un étendage mobile de chiffons, où s’amoncellent lambeaux et guenilles tirés par le râteau du Charnier de la Nature, où ils auraient pourri, pour pourrir sur moi plus lentement ! […] Oh la pire et la plus indigne des bestialités ! Car n’ai-je pas moi aussi une peau compacte me recouvrant tout entier, plus ou moins blanche ou terne ? Suis-je donc une masse rapiécée de rognures de tailleur et de savetier ; ou bien une petite Figure étroitement articulée, homogène, automatique, et même vivante  ?  » Thomas Carlyle

« Je fus saisi […] quand, tournant un coin dans la ville Écossaise d’Édimbourg, j’aperçus une enseigne, portant qu’un tel était « Fabricant de Culottes pour Sa Majesté » ; en Effigie était peinte une paire de Culottes de Cuir, avec entre les genoux, ces mots mémorables : Sic Itur ad Astra, « Ainsi l’on atteint les étoiles » n’était-ce pas là la parole arrachée à un Tailleur martyr, captif, certes, mais soupirant après sa délivrance, et, prophétiquement, faisant appel à un jour meilleur ?» Thomas Carlyle

 

♦ Copyleft

«Nous sommes des usagers copyleft : nous considérons les hormones sexuelles comme des biocodes libres et ouverts, dont l’usage ne doit être ni réglementé par l’Etat, ni confisqué par les compagnies pharmaceutiques ». Beatriz Preciado

« En 1984 ou 1985, Don Hopkins (dont l’imagination était sans borne) m’a envoyé une lettre. Il avait écrit sur l’enveloppe plusieurs phrases amusantes, et notamment celle-ci : Copyleft — all rights reversed qu’on peut traduire par : « Copie laissée, tous droits inversés »,en place bien sûr de : Copyright — all rights reserved, « Droits de copie, tous droits réservés » ». Et Stallman poursuit en disant qu’il a utilisé le mot copyleft pour donner un nom au concept de distribution qu’il développait déjà à l’époque pour son nouveau système d’exploitation. Il voulait rendre ce système compatible avec Unix qui est le premier grand logiciel libre et il a donc choisi de l’appeler Gnu, un acronyme récursif qui signifie Gnu’s  Not Unix, Gnu n’est pas Unix. Le sigle est répété dans  la phrase qu’il est censé abréger, et répète ainsi la phrase elle-même possiblement à l’infini, comme dans l’image de la vache qui rit ! On peut le dire autrement : La forme développée de l'acronyme contient sa forme réduite, qui peut alors se développer à nouveau et ainsi de suite, en une suite infinie de développements. Ces acronymes sont très prisés par les Hackers.

G                             N                             U ’s not unix

G                       N                      U ‘ s not unix

G                N              U’s not unix

G         N       U’s not unix

GNU’s not unix

Etc.…

Par ailleurs c’est un acronyme dans la mesure où le « gnou » est un animal que l’on peut à l’occasion voir lors d’une ballade au zoo, où en Afrique du Sud si l’on est d’humeur voyageuse et que l’on possède une « glande pinéale du Corps social» suffisamment développée. Le Gnou a quant à lui le corps d’une antilope, la tête et les cornes d’un taureau et la queue et la crinière d’un cheval.

♦ Moby Dick

« Et d’abord qu’est-ce qu’un poisson-tenu ? Mort ou vif, un poisson est « tenu » techniquement parlant, lorsqu’il est relié à un navire ou une embarcation non désertés, par quelque moyen que ce soit au contrôle du ou des occupants : un mât ou un aviron, un cable de neuf pouces ou un fil de télégraphe, un fil de caret ou un fil d’araignée, cela revient au même ». Herman Melville