amour de loinL'AMOUR DE LOIN DU Dr. L.

L'unebévue 2004, ISBN : 2-914596-10-3, ISSN : 1284-8166, 128 p. 22€

La loi, la norme, le néologisme. Anne F. Garréta

«Je sais bien qu'on doit à Jacques Lacan lui-même ce verdict sans appel selon quoi il n'y a pas de métalangage. Je sais bien (et vous ne vous attendez pas, je l'espère, à m'entendre dire après ce que j'ai avancé déjà, "mais quand même..."), et c'est pourquoi il me paraît qu'il ne métalangageait ou métalanguait pas au fil de ses 350 locutions, mais que peut-être il méta-glosait, en décalant la langue, de la parole à sa trace dans l'écriture».


Qui math aime mathème. Jacques Roubaud

En gris pâle, quasi effacé Jacques Roubaud termine ainsi son article : de la chute résulte la haine de la poésie
un manque.
pour le rémunérer : l'oulipo
l'oulipo se tourne vers la mathématique : Bourbaki
le docteur L. ressent confusément le manque, se tourne vers Mallarmé ; because le diagnostic; mais on ne comprend pas Mallarmé sans examiner, théoriquement, simultanément la démarche de la prose et celle de la forme (sonnet puis coup de dés)
le docteur L. ne l'a pas fait, parce que la forme poétique est pour lui, pour presque tous, point aveugle.
Double aspect : comme chez les fondateurs de l'oulipo il y a fascination pour le modèle Bourbaki comme exercice d'écriture sous contraintes et comme groupe; on pourrait dire que le retour à Freud plagie le retour à Hilbert des bourbakistes; avec cette différence que le docteur L veut être Hilbert, prendre, comme Hilbert triomphant de Brouwer, prendre le pouvoir (question de l'école)
la mathématique; la mathématique est son amour de loin. Cet amour a un nom : mathème
alors comment? Il faut marquer de façon qu'on ne puisse pas confondre, son monde possible de langue
et voilà
La galère Ou Pourquoi j'ai participé à la confection du volume intitulé 789 néologismes de Jacques Lacan. Marcel Bénabou Secrétaire définitivement provisoire de l'Oulipo.
De ce bref survol des pratiques langagières de Lacan et des Oulipiens , on pourrait retenir qu'il y a incontestablement une parenté, au moins partielle, mais qu'il y a peut-être un moment où les chemins divergent.
Il s'agit en effet, dans un premier temps, d'un effort commun pour explorer la langue, pour exploiter au maximum les possibilités qu'elle peut receler dans ses profondeurs oubliées ou ignorées.
Dans un deuxième temps, la démarche se complique : il s'agit de multiplier encore ces possibilités, cette fois par un coup de force sur l'orthographe, sur la morphologie, voire sur la syntaxe. Coup de force dicté, chez l'oulipien, par la nécessité d'obéir à la contrainte qu'il s'est imposée. On songe à Perec, rusant sans cesse avec la langue pour parvenir à écrire La Disparition, et n'hésitant pas carrément à la malmener pour écrire Les Revenentes.
Mézalor, mézalor, à quelle secrète contrainte obéit donc Lacan quand il se lance dans le tourbillon de ses créations verbales ?


Sept fois sur le bout de lalangue. Jean Louis Sous

A-t-on vraiment digéré et comment a-t-on digéré le fait que Lacan ait pu faire passer le concept de langage à lalangue et que par là-même (double mouvement), dans l'appensée de lalangue, avec l'instrument de ce nouvel appui physique, il ait opéré également le passage du dit concept à cette lalangue ? Dans ce geste néologisant, on ne peut pas ne pas sentir, dans le sujet supposé savoir, par exemple, l'ironie allitérative à l'endroit de toute posture métaphysique ainsi que les glissements progressifs de la supposition. On peut entendre dans lalangue, le babillage qui l'habille et l'anime, et saisir comment l'unebévue désaissit toute prise de conscience dans l'éclair de la méprise.


Le mot juste. Jacques-Alain Miller

Le mot juste, je dis ce qu'il est pour moi. C'est celui qui fait que l'on s'écrie : «C'est tout à fait ça !» Le mot juste touche au bon endroit.
Qui songe à dire d'un mot : «C'est un néologisme» ? Un faiseur de dictionnaire, un puriste, un oulipien,... en tous les cas, le contraire d'une âme sensible. Le mot juste n'est jamais néologique. C'est pourquoi je ne vois point de néologisme chez Lacan. Ni un, ni deux, ni sept cent quatre vingt neuf, ni même sept cent quatre vingt treize. Ce sera ma thèse.
La première, non pas la seule.
Deuxièmement, je dis que, chaque fois que Lacan introduit un néologisme, il le fait précautionneusement, avec la plus grande délicatesse. Il met le plus grand soin à vous signaler l'infraction et à solliciter votre indulgence.
En troisième lieu, innombrables sont les néologismes de Lacan. C'est une multitude, une foultitude, un fourmillement, un tourbillon. Que dis-je ? - c'est une nuée. Elle défie tout dénombrement. Rangez vos cahiers.
Cela ne tient pas ensemble, cela est inconsistant ? Ah ! ce n'est pas pour me faire peur. Comme Hugo coiffait d'un bonnet rouge le vieux dictionnaire, nous pouvons bien le coiffer d'un chaudron.


Lacan, Boltanski, Roubaud. Dominique de Liège

Lorsque toute une équipe de balayeurs a eu ramassé dans les séminaires et textes tout un paquet de mots inventés par Lacan, la question s'est posée de savoir qu'en faire.
On pouvait tout imaginer... Gloser à l'infini sur l'intérêt de telle ou telle création était à éviter...
L'idée est venue de traiter ces néologismes comme Roubaud a traité les ensembles de Boltanski.
Et donc, après une partie pseudo-dictionnaire formellement classique mais qui ne donne pas de définitions, le livre propose une trentaine de listes dont une, la liste «familles» qui en comporte elle-même 32. Nos listes donnent toujours leur raison, parfois savante (comme la liste Gaffiot-Bailly qui recense les néologismes construits d'après le latin ou le grec), parfois ludique (comme la liste 13*13 qui propose 13 néologismes de 13 lettres parce que Lacan est né un 13 et parce qu'il a écrit un article sur le chiffre 13). Elles ne sont en rien exhaustives : chacun de nous peut en fabriquer d'autres, à sa façon...


Le Transfini, Les Structures & La Logique. La Philosophie Mathématique de Russell revisitée. Jean-Claude Dumoncel

Jusqu'à l'Introduction à la Philosophie Mathématique le structuralisme de Russell reste subordonné à son Logicisme. En effet l'identité de structure se définit par la similarité des relations et par conséquence le concept russellien de structure est analysé sans reste par la Logique des Relations. Mais en 1948, dans le chapitre «Structure» de La Connaissance humaine, son Champ et ses Limites, le rapport est inversé. Pour illustrer ce qu'il entend par « structure », en effet, le premier exemple que donne Russell n'est autre que la forme logique, cela signifie que la Logique se trouve subsumée sous le concept de structure et que le Logicisme est devenu un Structuralisme.

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User de thématique maladive. Éric Legroux

Ruse avide, rude usage, maladive thématique, lettre volage, qu'est-ce qui amuse le Dr L. lorsqu'il use de la dive mathématique.