PLACE PUBLIQUE 2026
Se défaire de la culture du trauma
Blocs d'enfance et devenirs
Mayette Viltard
samedi 4 avril de 9h à 16H30
à L'Agora 64, rue du Père Corentin Paris 75014
Métro ligne 4 Porte d'Orléans, Bus 38 & 92, Tram T3a
Argument
Si les trois âges du concept sont l’encyclopédie, la pédagogie et la formation professionnelle commerciale, seul le second peut nous empêcher de tomber des sommets du premier dans le désastre absolu du troisième, désastre absolu pour la pensée, quels qu'en soient bien entendu les bénéfices sociaux du point de vue du capitalisme universel.
Gilles Deleuze, Félix Guattarri, Qu’est-ce que la philosophie ? p.17.
On n'êcrit pas avec des souvenirs d'enfance, mais par blocs d'enfance qui sont des devenirs-enfant du présent.
Gilles Deleuze, Félix Guattarri, Qu’est-ce que la philosophie ? p.158
Le concept est affaire d'articulation, de découpage et de recoupement. II est un tout, parce qu'il totalise ses composantes, mais un tout fragmentaire. C'est seulement à cette condition qu'il peut sortir du chaos mental, qui ne cesse pas de le guetter, de coller à lui pour le réabsorber.
Gilles Deleuze, Félix Guattarri, Qu’est-ce que la philosophie ? p. 21
Autrui, c'est un monde possible, tel qu'il existe dans un visage qui l'exprime, et s'effectue dans un langage qui lui donne une réalité. En ce sens, c'est un concept à trois composantes inséparables : monde possible, visage existant, langage réel ou parole.
Gilles Deleuze, Félix Guattarri, Qu’est-ce que la philosophie ? p. 23.
Parlant des Blancs du Sud après la guerre de Sécession, non seulement des pauvres, mais des anciennes familles riches, Faulkner écrit : « Nous sommes dans la situation de l'Allemand après 1933, qui n'avait pas d'autre alternative que d'être nazi ou juif. » C 'est la soumission de la ligne au point qui constitue l 'arborescence. Bien sûr, l'enfant, la femme, le nègre ont des souvenirs ; mais la Mémoire qui recueille ces souvenirs n'en est pas moins l'instance virile majoritaire qui les prend comme « souvenirs d 'enfance », comme souvenirs conjugaux ou coloniaux.
[...] Le devenir est une anti-mémoire. Sans doute y a-t-il une mémoire moléculaire, mais comme facteur d'intégration à un système molaire ou majoritaire. Le souvenir a toujours une fonction de reterritorialisation. Au contraire, un vecteur de déterritorialisation n'est nullement indéterminé, mais en prise directe sur les niveaux moléculaires, et d'autant plus en prise qu'il est plus déterritorialisé : c'est la déterritorialisation qui fait « tenir » ensemble les composantes moléculaires. On oppose de ce point de vue un bloc d'enfance, ou un devenir-enfant, au souvenir d'enfance : « un » enfant moléculaire est produit, « un » enfant coexiste avec nous, dans une zone d e voisinage ou un bloc de devenir, sur une ligne de déterritorialisation qui nous emporte tous deux, – contrairement à l'enfant que nous avons été, dont nous nous souvenons ou que nous fantasmons, l'enfant molaire dont l'adulte est l'avenir. « Ce sera l'enfance, mais ce ne doit pas être mon enfance », écrit Virginia Woolf. (Orlando déjà n'opérait pas par souvenirs, mais par blocs, blocs d'âges, blocs d'époques, blocs de règnes, blocs de sexes, formant autant de devenirs entre les choses, ou de lignes de déterritorialisation.) Chaque fois que nous avons employé le mot « souvenir », dans les pages précédentes, c'était donc à tort, nous voulions dire « devenir », nous disions devenir.
Deleuze Guattari, Mille Plateaux, p. 358.
Lorsque Freud montre qu’un phantasme est constitué par deux séries de base au moins, l’une infantile et prégénitale, l’autre génitale et post-pubertaire, il est évident que ces séries se succèdent dans le temps, du point de vue de l’inconscient solipsiste du sujet mis en cause. On se demande alors comment rendre compte du phénomène de « retard », c’est-à-dire du temps nécessaire pour que la scène infantile, supposé originaire, ne trouve son effet qu’à distance, dans une scène adulte qui lui ressemble, et qu’on appelle dérivée. Il s’agit bien d’un problème de résonance entre deux séries. Mais précisément ce problème n’est pas bien posé, tant qu’on
ne tient pas compte d’une instance par rapport à laquelle les deux séries coexistent dans un inconscient intersubjectif. En vérité, les séries ne se répartissent pas, l’une infantile et l’autre adulte, dans un même sujet. L’événement d’enfance ne forme pas une des deux séries réelles, mais bien plutôt le sombre précurseur qui met en communication les deux séries de base, celle des adultes que nous connûmes enfant, celle de l’adulte que nous sommes avec d’autres adultes et d’autres enfants.
G. Deleuze. Différence et Répétition, p. 162-3.
Or les parents sont eux-mêmes un milieu que l’enfant parcourt, dont il parcourt les qualités et les puissances et dont il dresse la carte. Ils ne prennent une forme personnelle et parentale que comme les représentants d’un milieu dans un autre milieu. Mais il est erroné de faire comme si l’enfant était d’abord limité à ses parents, et n’accédait à des milieux que par après, et par extension, par dérivation. Le père et la mère ne sont pas les coordonnées de tout ce que l’inconscient investit. Il n’y a pas de moment où l’enfant n’est déjà plongé dans un milieu actuel qu’il parcourt, où les parents comme personnes jouent seulement le rôle d’ouvreurs ou de fermeurs de portes, de gardiens de seuils, de connecteurs ou déconnecteurs de zones. Les parents sont toujours en position dans un monde qui ne dérive pas d’eux. Même chez le nourrisson il y a un continent-lit par rapport auquel les parents se définissent, comme des agents sur les parcours de l’enfant.
G. Deleuze. “ Ce que les enfants disent”. In Critique et clinique, p. 81-2.
Écrire c’est témoigner de la vie. C’est témoigner pour la vie. C’est témoigner pour les bêtes qui meurrent, c’est bégayer dans la langue. Faire de la littérature en faisant appel à l’enfance, c’est faire typiquement de la littérature sa petite affaire privée, c’est vraiment la littérature de Prisunic, de bazar, c’est les best-seller, c’est la vraie merde… si l’on ne pousse pas le langage jusqu’au point où il bégaie, mais ça ce n’est pas facile… parce que ce n’est pas faire « be be be »… comme ça… si on va pas jusque là… alors, peut-être que la littérature tout comme en forçant, en poussant le langage jusqu’à une limite… il y a un devenir-animal du langage même et de l’écrivain… et aussi il y a un devenir-enfant, mais ce n’est pas son enfance. Il devient un enfant, oui, mais ce n’est pas son enfance, ce n’est plus l’enfance de personne, c’est l’enfance du monde, c’est l’enfance d’un monde, alors, c’est ça qui m’intéresse de l’enfance… Alors ceux qui s’intéressaient à leur enfance qu’ils continuent… c’est très bien, ils font la littérature qu’ils méritent… si quelqu’un ne s’est pas intéressé a son enfance, c’est Proust, par exemple… bon, et les tâches de l’écrivain, ce n’est pas de fouiller dans les archives familières, ce n’est pas de s’intéresser à son enfance, personne de digne ne s’intéresse à son enfance … c’est une autre tâche de devenir enfant par l’écriture, arriver à une enfance du monde, restaurer une enfance du monde, ça, c’est une tâche de la littérature. […] L’enfant que j’ai été, c’est rien, j’ai été un enfant quelconque.
G. Deleuze. L´Abécédaire de Gilles Deleuze.
Du côté de chez Freud
Toutefois il convient ici de noter deux faits - d'abord que la genèse des névroses se ramène partout et toujours à des impressions infantiles très précoces et ensuite que dans certains cas dits « traumatiques », les effets résultent évidemment d'une ou de plusieurs fortes impressions ressenties dans l'enfance. Ces impressions ont échappé à une liquidation normale et l'on est ainsi tenté de dire que si les événements en, question n'étaient pas survenus, la névrose ne se serait pas non plus déclarée. Il sera suffisant, pour atteindre notre but, de limiter à ces cas traumatiques nos recherches sur l'analogie, mais entre ces deux groupes, le fossé ne semble pas infranchissable. Il est très possible de réunir dans une conception unique les deux conditions étiologiques ; il s'agit seulement de définir ce qu'on considère comme traumatique. Si nous admettons que l'élément quantitatif seul donne à un événement son caractère traumatique, nous en devons conclure que lorsque cet événement provoque certaines réactions pathologiques insolites, c'est qu'il a été trop exigé de la personnalité. Nous dirons donc que certains faits agissent comme des traumatismes sur certaines constitutions, tandis qu'ils demeurent sans effet sur d'autres. De là, la conception d'une échelle mobile, de ce qu'on
appelle une « série complémentaire » où deux facteurs concourent à l'étiologie, un moins de l'un étant compensé par un plus de l'autre. En général les deux facteurs agissent ensemble et ce n'est qu'aux deux extrémités de la série que nous pouvons parler d'une motivation simple. Ces réflexions nous amènent à conclure que nous ne devons pas attacher d'importance, en ce qui concerne notre analogie, à la différence entre étiologie traumatique et étiologie non traumatique.
Sigmund Freud (1939), Moïse et le monothéisme (trad. française, 1948).
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Le matin : Encore un film d'une femme argentine.
L’après-midi : Exposé de Mayette Viltard.
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Des articles et des livres :
S. Freud, L’homme-Moïse et le monothéisme, 1939.
Sandor Ferenczi, Thalassa, petite bibliothèque Payot
« Confusion de langue entre les adultes et l’enfant. Le langage de la tendresse et de la passion (1933) », in Psychanalyse 4, OEuvres complètes, t. IV : 1927-1933, Payot,1982.
Otto Rank, Le traumatisme de la naissance, Influence de la vie prénatale sur l'évolution de la vie psychique individuelle et collective, 1924
Wilhelm Reich, Internationale Zeitschrift für Psychoanalyse, vol. 18,1932. in L’analyse caractérielle.
J. Lacan, L’Éthique de la psychanalyse,1960.
J. Lacan, Encore.1973.
J. Lacan, Les non-dupes errent. 1974.
Gilles Deleuze, Différence et répétition, PUF, 1966.
Gilles Deleuze, Félix Guattarri, Qu’est-ce que la philosophie ? Les éditions de minuit.
Gilles Deleuze, Félix Guattari, Mille Plateaux, Les éditions de Minuit, 1980.
G. Deleuze. “ Ce que les enfants disent”. In Critique et clinique, Paris ;Les Éditions de Minuit, 1993.
Gilles Deleuze, L´Abécédaire de Gilles Deleuze. Paris: Editions Montparnasse, 1997.
Vous trouverez les annonces et certains textes sur le site de L’unebévue à www.unebevue.org.
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Inscription sur place à 9h.
Participation aux frais pour la journée : 30 euros - tarif réduit possible.
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L’unebévue revue de psychanalyse
82 avenue de breteuil 75015 paris
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