Clinic Zones 2016
L'efficience des sorcières néopaïennes
les 19&20 mars 2016
Hotel Holiday Inn 79 Avenue du Maine Paris 14
Samedi de 9H à 18H et dimanche de 9H30 à 16H
Au fil des lectures de
Rêver lʼobscur. Femmes, magie et politique
Pour réaliser plusieurs de ses «missions», FRONTEX, L'Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des Etats membres de l'Union européenne, dont le siège est à Varsovie en Pologne, chargée de la sécurité des frontières de l'Union avec les états non-membres, fait appel au polythéisme gréco-romain pour dessiner une géographie sinistre des contrôles policiers. Un exemple : l'opération Xenios Zeus (Zeus l'hospitalier), lancée en août 2012 par le gouvernement grec avait pour objectif de contrôler les clandestins et de reconduire les sans-papiers à leurs pays d'origine. René Schérer dans un livre écrit pendant la guerre du Golfe Zeus hospitalier, éloge de l'hospitalité, nous rappelle que l'hospitalité excède le Droit qu'elle fonde et qu'elle assure le fonctionne¬ment de tout rapport à autrui et à soi. Elle préside au processus d'une subjectiva-tion tant individuelle que collective, tant esthétique qu'érotique, et substitue à la crainte de l'étranger la joie de l'accueillir. Starhawk dont les écrits sont insépara¬bles de sa pratique, dans son livre Rêver l'obscur - femmes magie et politique fait également appel aux Dieux grecs et plus particulièrement aux Déesses. Mais à l'inverse de nombreux penseurs qui utilisent la mythologie en pratiquant ce que Starhawk appelle la mise à distance, elle nous invite à invoquer et vivre avec celles-ci dans le champ de notre expérience vécue.
Elle écrit aussi : « Finalement les persécutions des sorcières ont favorisé la guerre contre l'immanence au moment où elle apparaissait dans les sciences et dans la vie intellectuelle de l'époque », et un peu plus loin : « La magie peut être considérée comme le précurseur philosophique de la relativité et de la théorie de la probabilité ». Whitehead, en problématisant le refus de la bifurcation de la nature, inscrit la philosophie spéculative dans l'immanence avec toutes les conséquences qui en découlent, la prise en compte du corps vivant non séparé de l'esprit, et de tout ce dont il a l'expérience, non pas sur, mais avec.
Pour les lecteurs français de Dreaming the dark, Magic, sex&politics, les traduc-trices ont utilisé un remède de bonne femme : elle l'ont sous-titré : Femmes, magie et politique. Double remède, sex est remplacé par femme et estrangement, mot américain que Starhawk emprunte à Marx, aliénation, est traduit par « mise à distance », façon dont Georges Wilson traduit le « Entfremdung » emprunté par Brecht à Marx. C'est un choix politique qui place la problématique de traduction dans un environnement « situé », en 2003 d'abord, en 2015 ensuite. Le choix du mot « femmes » suivi du mot « magie » vient qualifier ce que le livre fait : présenter une problématique de l'action collective, de l'intelligence collective, quelque chose qui doit rester au contact « du monde des bonnes femmes ». Ce choix déli¬béré peut réouvrir la question féministe devenue entretemps en France, affaire d'État, avec sa mathématique insupportable de la parité et de l'égalité. On est aux antipodes des sorcières néopaïennes.
En préfaçant Lʼapocalypse de D.H. Lawrence, Deleuze fait de ce livre si éton-nant un appel joyeux au réveil de l'esprit païen. Pourquoi pas ? L'amour du prochain à la manière du Christ conduit à cette hideuse anomalie d'avoir à vivre finalement dans la pure résistance à ce prochain. L'Apocalypse, livre étrange, le manifeste très clairement. Elle nous montre le chrétien dans son rapport à l'État, ce que les Évangiles et les Épîtres évitent de faire. Elle nous montre aussi le chrétien dans son rapport au monde et au cosmos. Elle nous montre l'hostilité délirante qu'il éprouve contre eux, et son désir final de destruction universelle. C'est la face sombre du christianisme, de l'individualisme et de la démocratie, la face que le monde entier nous montre maintenant. Et c'est tout simplement du suicide. Suicide individuel et en masse. Si cela ne tenait qu'à l'homme, ce serait un suicide cosmique. Mais le cosmos n'est pas à la merci de l'homme, et le soleil ne périra pas pour nous faire plaisir.
Quant au si beau roman de Salman Rushdie Les versets sataniques ce serait tomber dans l'écueil si répandu que d'en faire un débat sur la religion. Comme dans la plupart de ses romans, la figure de l'émigré déraciné est première. Pas d'identité racine, mais des identités rhizomatiques. Rushdie fait référence à Héraclite : « Comme l'avait dit Héraclite il y a 2000 ans, l'éthos d'un homme est sa façon d'être au monde, était son daimon, le principe qui guidait sa vie et lui donnait forme, ou pour dire les choses de manière plus simple et plus concise, que le caractère était le destin vie ». Les versets sataniques, sous la forme bur¬lesque, construisent une narration qui se tisse dans un emboîtement de contes, de faits divers, de dialogues, de rêves éveillés qui créent une vision. Précisément, ils donnent corps, par la fiction, à l'obscur.
Intervenants :
Michèle Duffau - Marie-France Basquin - Mayette Viltard
Marie Jardin - Françoise Jandrot - Luc Parisel
Xavier Leconte - Julio Barrera-Oro - Ninette Succab
Marie-Magdeleine Lessana - Colette Piquet - Rosine Liénard
Anne Marie Ringenbach - Anne-Marie Vanhove - François Dachet
Claude Mercier - Jean-Hervé Paquot
Inscriptions sur place à 9h.
Formation permanente 275€. À titre individuel 100€. Tarif réduit 50€
CLINIC ZONES 212 avenue du Maine, 75014 PARIS -
Direction et coordination : Anne Marie Ringenbach, Mayette Viltard.