31iL'Unebévue N°31 : Inéchangeable et chaosmose I

La fêlure de l'immanence

 L'Unebévue novembre 2014, ISBN : 978-2-914596-41-1, ISSN : 1168-148X, 163 pages, 22€.

Comité nomade : Françoise Jandrot, Claude Mercier, José Attal.

unebeweb 31&32

♦ Cahier de l'unebévue en supplément gratuit pour les abonnés :

Le rapport Turquet. Préface de José Attal, Traduction et notes de Luc Parisel.

 


Sommaire

- La fêlure de l'immanence 1966 Foucault-Lacan. Frédéric Rambeau. p. 11

Que ce soit dans les dispositifs de visibilité foucaldiens ou dans la pulsion et le fantasme lacaniens, si la question de la subjectivation peut s'éprouver dans le visible, autant sinon plus que dans le dicible, c'est en tant que ce visible est domaine ou régime de signes, avant même d'être milieu physique ou champ optique. Mais les signes en question, signes « du » visible, ne sont pas des signes signifiants, ils ne sont pas signes de langage. Chez Foucault, les visibilités ne sont ni des signifiés ni des référents. Le signe est précisément ce qui porte en lui la césure du visible et du dicible, du langage et de la lumière, l'inscrivant à même le réel, à la surface des choses. La subjectivation se produit dans l'écart de l'immanence avec elle-même. Elle n'engage donc rien d'un retour à l'immanence ontologique traditionnelle, définie comme identité de l'être avec lui-même. « Conversion du regard » : c'est d'un même mouvement que la transcendance du sujet a été projetée à la surface de l'ensoi, et que cette surface simultanément s'est fêlée, qu'elle s'est constituée comme fêlure.

- Minutes de la corniche. Marie Jardin.p. 39

Le 7 octobre 2013, à Marseille.

- "D'un signe à l'autre". Quand Guattari entreprit de problèmatiser l'enseignement de Lacan. Mayette Viltard. p. 41

Deleuze et Guattari sont parmi les très rares chercheurs fondamentalement concernés par la psychanalyse, et qui problématisent l’enseignement de Lacan. Et ce, non par consensus, mais par dissensus radical : ils ne s’y opposent pas, ils ne le relativisent pas, ils construisent une question. Ainsi, quand Guattari écrit à Lacan en 1961, ce qu’il amorce est rien de moins que problématiser le trait unaire (« un bataclan à la 6-4-2 »), et par là, remettre en cause la thèse de Lacan de la lettre comme structure essentiellement localisée du signifiant ! Il faudra attendre les années soixantedix pour que Lacan fasse ses déclarations « fracassantes », comme « Rien ne permet de confondre, comme il s'est fait, la lettre avec le signifiant » ou encore « Le semblant c’est le signifiant en lui-même », ou plus tard « le signifiant, c’est-à-dire ce qui se module dans la voix, n’a rien à faire avec l’écriture » etc. Et de définir le trait unaire comme droite infinie « avec le trou tout autour »

- Le Parlem, la langue non écrite du caporal Lortie. Marie-France Basquin. p. 67

La langue de Lortie, telle qu'on l'écoute dans les enregistrements qu'il a réalisés la veille de son crime, est comme la musique de Dusapin. Les interstices, les écarts, les silences créent l'espace d'une autre musique, quelque chose s'arrête un peu et dans les bords d'une brèche de l'écoute un autre probable se découvre, la traversée d'une errance corporelle-langagière. La langue de Lortie l'emporte loin de luimême, prenant en elle la charge des sensations, des émotions qui le débordent et surgissent au hasard, lignes de fuite sonores intensives. Dernier geste lors de son crime, dans l'instant où il s'arrête de tirer, comme d'autres jetteraient leur arme en signe de reddition, Lortie jette son dentier. Il nous aura enseigné comment la langue s'incarne jusqu'à l'affolement.

- Quatre leçons proposées par Foucault à l'analyse. Jean Allouch. p. 85

La première leçon est un croisement, elle porte sur la discursivité. La deuxième un déplacement, elle interroge le désir envisagé comme soulèvement. La troisième une opposition, elle situe la libre association par contraste avec la parrhêsia. La quatrième une invitation, elle lie, en plein accord avec Lacan, langage et folie.

- Frère d'anonyme. Françoise Jandrot. p. 103

L'analyse de l'archive comporte une région privilégiée : à la fois proche de nous, mais différente de notre actualité, c'est la bordure du temps qui entoure notre présent, qui le surplombe et qui l'indique dans son altérité ; c'est ce qui, hors de nous, nous délimite. « Archive », c'est aussi un chapitre de l'inclassable livre de Philippe Artières Vie et mort de Paul Gény.

- Le crâne de Lacan. Voyage anomalique dans les archives de la psychanalyse. Mayette Viltard. p. 123

Certains croyants disaient que le « fameux » rapport Turquet avait définitivement scellé le sort de Lacan en juillet 1963. Or, le Rapport, archivé on ne sait-z-où, dans une pyramide, paraît-il, était INTROUVABLE. Et voilà qu'on pouvait soupçonner qu'il diffusait des miasmes qui rendaient notre lecture de Lacan changeante, fluctuante, rêveuse même. En fait, ce Rapport faisait des histoires.

- L'archonte, les dindons, émois, et moi, et moi. José Attal. p. 125

Vouloir accéder à certaines archives ne va pas de soi, cela nous le savions, mais demander à ouvrir à moitié, un peu, à peine, un demi-siècle plus tard, un placard nous concernant – le nous ici désigne au moins les psychanalystes lacaniens – s’est avéré être une drôle d’aventure plus de vingt années durant, car le placard en question était devenu une véritable sépulture, que dis-je, un tombeau dont on attendait qu’il accueille les derniers corps. « Dear, lire le rapport Turquet, vous n’y pensez pas, certains témoins sont encore vivants » m’a vertement fait savoir l’archonte ipéesque. Circulez, il n’y a rien à voir. Le rapport Turquet qui en 1963 scellait le
sort de Jacques Lacan resterait dans la tombe. À moins que.

- S2, Un signifiant hors-page. À la recherche de la chaîne signifiante. Claude Mercier. p. 141

« À supposer que vous ayez inscrit sur cette page blanche – à condition qu'elle soit page, c'est-à-dire finie – la totalité des signifiants, ce qui est après tout concevable puisque vous pouvez choisir un niveau où il se réduit aux phonèmes, c'est hors de la page blanche que [sera] le S2, celui qui intervient quand j'énonce "le signifiant c'est ce qui représente un sujet pour un autre signifiant". Cet autre signifiant, le S2, sera hors-page ». Cette proposition de Lacan peut être reprise avec la problématique du noeud borroméen, en suivant cette fois Gilles Châtelet, et sa façon de prendre le noeud borroméen comme diagramme, comme laïcisation de l'invisible. On peut alors soutenir que les noeuds borroméens ne s'enchaînent pas, mais se réenchaînent comme une chaîne de Markov, ré-enchaînement sur coupure irrationnelle, et ce qui reste d'association, de chaîne signifiante passe dans cette coupure irrationnelle, mutation de la chaîne signifiante. Nous ne sommes plus dans un espace euclidien, mais dans un espace probabilitaire semi-fortuit, espace à la fois topologique et probabilitaire.

- Les rêves de Crazy Horse. Sherman Alexie traduit par Nicolas Plachanski. p. 147

« C'est bien ma veine », dit elle. « Un Indien éduqué ».
« Ouais », dit-il. « Université de la Réserve ».
Ils rirent tous les deux de la vieille blague. Tous les Indiens sont d'anciens étudiants.

- Une gestion collective des rêves : extractions déterriotorialisées. Abrahão de Oliveira Santos. p. 151

Un jour, inspiré de la tradition des Aborigènes d'Australie, j'ai décidé de rassembler des personnes qui consentaient volontiers à raconter des rêves. Ça a déclenché la création de « L'atelier de gestion collective de rêves », avec des étudiants en psychologie à Rio de Janeiro. Attirés en général par la curiosité, ils ont répondu à l'invitation et voulaient savoir comment l'on pouvait travailler le rêve collectivement, le considérer comme non individuel et non symbolique ?

 

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