Conférences de L'Unebévue 2013

camera signes iLa caméra et les signes

par Mayette Viltard

Samedi 23 mars 2013

à L'Entrepôt 7 à 9 rue de Pressensé 75014 PARIS 


Argument

Problématiser, on le sait, ce n’est ni s’opposer, ni relativiser. C’est parvenir à construire une question. À la suite du film projeté le matin, je vais essayer de présenter, avec ceux qui l’auront vu, comment la machine-caméra est précieuse pour nous plonger dans les espaces où les signes travaillent sur eux-mêmes. Opposer Deleuze&Guattari à Lacan est une absurdité. D&G sont, au contraire, parmi les très rares chercheurs qui veulent problématiser Lacan. Comme pouvait le dire Guattari, et cela, très tardivement, bien après l’événement de L’anti-Œdipe , il y en a qui refusent den ous lire, alors qu’ils n’ont même pas commencé à lire Lacan. On connaî t Logique du sens et Différence et répétition , qui for-m ent (non sans les autres textes de Deleuze, bien sûr,) un préa-l able à l’entrée de Deleuze dans la problématisation de Lacan, etl ’on admet que, sans ces lectures, on rate les bases des quatrel ivres de D&G : les deux Capitalisme et schizophrénie : L’anti-Œdipe et Mille Plateaux , le Kafka , et Qu’est-ce que la philoso-phie ? On donne généralement moins d’importance, sinon aucune, auxd eux textes que j’appellerai « fondamentaux » de Guattari, quis ont « D’un signe à l’autre » et « Machine et structure ». Pourtant, à propos de ces deux textes, Deleuze a écrit, à la fin de « Trois problèmes de groupe » qui est un texte présentant Psychanalyse et transversalité : Ce livre doit être pris comme le montage ou l’installation, ici et là, de pièces et rouages d’une machine. Parfois des rouages tout petits, très minutieux, mais en désordre, et d’autant plus indispensables. Machine de désir, c’est-à-dire de guerre et d’analyse. C’est pourquoi l’on peut attacher une importance particulière à deux textes, un texte théorique où le principe même d’une machine se dégage de l’hypothèse de la structure et se détache des liens structuraux (« Machine et structure »), un texte-schizo (« D’un signe à l’autre ») où les notions de « point-signe » et de « signetache » se libèrent de l’hypothèse du signifiant. Erreur d’en déduire que « se dégager de l’hypothèse de la structure », « se détacher des liens structuraux », « se libérer de l’hypothèse du signifiant », signifieraient abandonner la structure et le signifiant. Pas du tout.

En effet, pour Guattari, problématiser le trait unaire (« un bataclan à la 6-4-2 ») et s’engager dans la diversité des régimes de signes est une lecture de la séance « historique » du 6 décembre 1961 de Lacan, tout comme problématiser la structure est une lecture de la position de Lacan sur la machine comme « matérialisant le rapport du sujet au signifiant » (séance non moins historique du 8 décembre 1954, à laquelle il faut ajouter la fin du texte des Écrits « Subversion du sujet  et dialectique du désir » (septembre1 960), répété dans la séance du 11 janvier 1961 du séminaire surl e Transfert). Ceci pour en venir à ce fait que si la psychanalyse ne s’engage pas dans ces problématisations, je vais reprendre là aussi le texte de Deleuze présentant Psychanalyse et transversalité, la psychose var ester à l’horizon de la psychanalyse comme la véritable source des on matériel clinique tout en en étant exclue, et la psychiatried e secteur, avec son quadrillage de quartier et sa triangulationp lanifiée, risque de nous faire bientôt regretter les asilesf ermés d’autrefois. Pratiquer la psychanalyse avec le signifiant sans le signe, et la structure sans la machine, ramène à l’insidieuse facilité du pernépsy,grâce à laquelle le névrosé se neutralise-normalise avec l’Œdipe, (une pensée « inerte », dit Whitehead, caractérise une idée sous le régime de l’image dogmatique de la pensée), le psychotique va à l’hôpital psychiatrique se détériorer, et le pervers va en prison pour être puni. D’où le choix du film présenté aujourd’hui, un montage, une installation, un vrai film, pas une narration psychomerdo pour faire pleurer dans les chaumières sur les vieux,les fous,les enfants, avec les deux cocos Oscar et César. La conscience et son binarisme n’a jamais pu entrer dans les systèmes que Freud élaborait, il en restait au « devenir-conscient ». Mais si l’on veut approfondir cette magnifique question des D&G sur les devenirx , où va-t-on aller ? Ce sont les pervers qui appor-t ent le changement social, comme l’affirment Freud et Barjot. Sio n répudie le binarisme, comment penser la sexualité ? le pas-tout-p as-tout? Il y a une proposition dans Mille Plateaux : « La sexua-l ité est la production de n sexes qui sont autant de devenirsi ncontrôlables ».  Si l’on met les variables elles-mêmes en étatd e variation continue, on est dans un espace lisse, c’est-à-direu n espace du plus petit écart, un espace de points infinimentv oisins, dont les raccordements de voisinages sont indépendantsd e toute voie déterminée. Le nœud borroméen transformerait-ill ’impérial RSI en nomade malgré tous les efforts de Lacan pourl e dompter, le fixer, et le rendre apte à supporter la métaphore?

 

 

Quelques lectures


G.Deleuze

- Logique du sens

- Différence et répétition

Deleuze & Guattari :

-Capitalisme et schizophrénie : L’anti-Œdipe et Mille Plateaux

-Kafka

-Qu’est-ce que la philosophie ?

Guattari

- Psychanalyse et transversalité (réed. La découverte)

- D’un signe à l’autre. (1961-1966)

- Machine et structure. (1969)

- Trois problèmes de groupe. (de Deleuze)

Lacan Séminaire

- Le Moi,séance du 8 décembre 1954

- L’identification séance du 6 décembre 1961, site elp

- Dans les Écrits : « Subversion du sujet et dialectique du désir » (septembre 1960), et 11 janvier 1961 du séminaire sur le Transfert.

On peut allonger la liste :

L ’instance de la lettre dans l’inconscient (1957)