Workshop de L'unebévue 2017

L'insistance des possibles

dans les décombres de la psychanalyse

proposé par Marco Candore, Anne Querrien et Mayette Viltard

Samedi 11 juin 2017 de 9h30 à 16h30, à L'Entrepôt 7 & 9 rue Francis de Pressensé Paris 75014


 

Quelques extraits des textes envoyés...

 

workshop iEn 1977, Foucault faisait de l’Anti-Œdipe un art, un guide de vie quotidienne, une Introduction à la vie non fasciste.

Comment débarrasser nos discours et nos actes, nos cœurs et nos plaisirs, du fascisme ?

Comment introduit-on le désir dans la pensée, dans le discours, dans l'action ? Comment le discours peut-il et doit-il déployer ses forces dans la sphère du politique et s'intensifier dans le processus de renversement de l'ordre établi ? Ars erotica, ars theoretica, ars politica.

D'où les trois adversaires auxquels L’Anti-Œdipe se trouve confronté. Trois adversaires qui n'ont pas la même force, qui représentent des degrés divers de menace, et que ce livre combat par des moyens différents.

1) Les ascètes politiques, les militants moroses, les terroristes de la théorie, ceux qui voudraient préserver l'ordre pur de la politique et du discours politique. Les bureaucrates de la révolution et les fonctionnaires de la Vérité.

2) Les pitoyables techniciens du désir, les psychanalystes et les sémiologues qui enregistrent chaque signe et chaque symptôme, et qui voudraient réduire l'organisation multiple du désir à la loi binaire de la structure et du manque.

3) Enfin, l'ennemi majeur, l'adversaire stratégique (alors que l'opposition de L’Anti-Œdipe à ses autres ennemis constitue plutôt un engagement tactique) : le fascisme. Et non seulement le fascisme historique de Hitler et de Mussolini qui a su si bien mobiliser et utiliser le désir des masses, mais aussi le fascisme qui est en nous tous, qui hante nos esprits et nos conduites quotidiennes, le fascisme qui nous fait aimer le pouvoir, désirer cette chose même qui nous domine et nous exploite.

Foucault, 1977

 

Né en Italie dans les années vingt, le fascisme a-t-il envahi nos comportements et nos corps ? Depuis les sommets de l’Etat jusqu’aux profondeurs de la société civile italienne, l’ensemble des relations sociales se trouvent soumises à de nouvelles logiques. De nouvelles valeurs, de nouvelles normes, de nouvelles règles de comportements s’imposent à tous. C’est donc bien une dynamique totalitaire qui se manifeste par l’émergence d’un système de contrôle des hommes et de leurs comportements à vocation totale. Le régime fasciste apparaît ainsi comme le précurseur d’un « totalitarisme sans terreur » qui ne pratiquera pas le génocide ou le crime de masse, mais n’en sera pas moins capable d’engendrer une société de contrôle d’un genre nouveau.

Jean-Yves Dormagen, Logiques du fascisme, 2008.

 

Je me suis posé la question de savoir s’il était opportun, judicieux, de sortir d’une perspective critique. Était-il concevable d’envisager une perspective méthodologique, pour essayer de rendre compte, d’une autre façon, des pratiques d’intervention – de thérapie, de psychanalyse, peu importe… Il s’agirait, donc, de formuler, dans cette perspective, une série de points de repère, dont le premier objet serait de servir de garde-fou ; d’empêcher de retomber dans ces espèces d’évidences, d’idées reçues, qui nous collent, vraiment, complètement à la peau, dans toutes ces professions. 

Généralement, dans les perspectives psychanalytiques, on ne considère les choses qu’en tant que signifiant, mais on ne les considère pas en tant que référent, dans un champ social matériel donné. Là, il s’agit, effectivement, de les prendre dans ce champ, en tant que ce champ excède, lui, par définition, l’expression sémiotique qui en est donnée, et qu’il est porteur de singularités.

Guattari, Séminaire du 9 décembre 1980.

 

Marx a inventé le symptôme.

Lacan, D’un Autre à l’autre 1969.

 

Faire importer une situation, passée ou présente, c’est intensifier le sens des possibles qu’elle recèle à travers les luttes et revendications pour une autre manière de la faire exister. C’est pourquoi la pensée spéculative se retrouve si aisément dans les récits et les narrations qui, telle la science-fiction, explore d’autres trajectoires possibles. Nous pensons en revanche que la pensée critique ne nourrit pas une telle intensification. Elle confère au sens du possible la grandeur quasi-messianique d’une attente qui demande fidélité mais surtout tout se passe comme si nous n'avions plus le choix aujourd’hui qu’entre une montée en généralité de la notion de possible (appel messianique, construction utopique, volontarisme politique, possibles tout-terrain) lui faisant perdre toute effectivité, et un entreprenariat généralisé des opportunités d’un marché qui ferait le tri entre les gagnants et les perdants.

Ce qu’il s’agit d’activer aujourd’hui est une pensée qui engage pour un possible mis quant à lui sous le signe de la lutte contre l’adhésion au probable – contre toute interprétation qui souscrirait au caractère irrésistible du déchaînement capitaliste comme s’il s’agissait de notre destin, voire du vecteur privilégié du progrès et de l’émancipation, alors qu’il désigne la désertification de nos mondes et notre impuissance à penser que ce à quoi nous tenons puisse avoir un avenir.

Debaise, Stengers : L’insistance des possibles, pour un pragmatisme spéculatif, 2017.

 

La subjectivité de pouvoir ne tombe pas du ciel; il n’est pas inscrit dans les chromosomes que les divisions du savoir et du travail doivent nécessairement aboutir aux atroces ségrégations que connaît aujourd’hui l’humanité. Les figures inconscientes du pouvoir et du savoir ne sont pas des universaux. La subjectivité demeure aujourd’hui massivement contrôlée par des dispositifs de pouvoir et de savoir qui mettent les innovations techniques, scientifiques et artistiques au service des figures les plus rétrogrades de la socialité. Et pourtant, d’autres modalités de production subjective – celles-là processuelles et singularisantes – sont concevables.[...] Elles existent déjà aujourd’hui un peu partout.

Guattari. Cartographies analytiques 1989.

 

Dans le passage du signifiant, tel qu’il est entendu, au signifié, il y a quelque chose qui se perd, en d’autres termes, il ne suffit pas d’énoncer une pensée pour que ça marche... J’ai été conduit à ce qui est aussi une métaphore, à savoir matérialiser le fil des pensées. J’y ai été encouragé par quelque chose qui n’est au fond que ce que je disais dès le départ, à savoir cette triplicité qui fonde la succession des générations. Il y a trois, trois générations, entre lesquelles il y a du rapport sexuel. Ça entraîne, bien entendu, toute une série de catastrophes et c’est ce dont Freud, somme toute, s’est aperçu.

Lacan 11 avril 1978.

 

Il y a un sinthome il et un sinthome elle. C’est tout ce qui reste de ce qu’on appelle le rapport sexuel. Le rapport sexuel est un rapport intersinthomatique. C’est bien pour ça que le signifiant, qui est aussi de l’ordre du sinthome, c’est bien pour ça que le signifiant opère. C’est bien pour ça que nous avons le soupçon de la façon dont il peut opérer : c’est par l’intermédiaire du sinthome. Comment donc communiquer le virus de ce sinthome sous la forme du signifiant ?

Lacan 9 juillet 1978.

 

C'est le miroir et c'est le cadavre qui assignent un espace à l'expérience profondément et originairement utopique du corps ; c'est le miroir et c'est le cadavre qui font taire et apaisent et ferment sur une clôture - qui est maintenant pour nous scellée - cette grande rage utopique qui délabre et volatilise à chaque instant notre corps. C'est grâce à eux, c'est grâce au miroir et au cadavre que notre corps n'est pas pure et simple utopie. Or, si l'on songe que l'image du miroir est logée pour nous dans un espace inaccessible, et que nous ne pourrons jamais être là où sera notre cadavre, si l'on songe que le miroir et le cadavre sont eux-mêmes dans un invincible ailleurs, alors on découvre que seules des utopies peuvent refermer sur ellesmêmes et cacher un instant l'utopie profonde et souveraine de notre corps

Foucault, 1966.

 

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Le matin au bar-forum

Le débat se développera sur la base des textes envoyés par mail avec ce flyer.

L’après-midi, à la galerie

nous continuerons le workshop avec un montage de Marco Candore et quelques vidéos.

Textes envoyés par mail :

Michel Foucault, 1966 : Le corps utopique.

Michel Foucault, 1977: L’Anti-Œdipe, une Introduction à la vie non fasciste.

Georges Bataille, 1933 : La structure psychologique du fascisme.

Gilles Deleuze, 1977 : lettre à Michel Foucault.

Félix Guattari : Séminaire du 9 décembre 1980 .

Jacques Lacan : Séminaire du 11 avril 1978.

Didier Debaise et Isabelle Stengers, 2017 : L’insistance des possibles, pour un pragmatisme spéculatif.

Des livres :

Didier Debaise, Isabelle Stengers : Gestes spéculatifs, Les presses du réel, 2015.

Etienne Souriau : Les différents modes d’existence, Puf, 2017 .

David Lapoujade : Les existences moindres, Minuit, 2017 .

Jean-Yves Dormagen : Logiques du fascisme, Fayard, 2008.

 

 

J’avais besoin de votre assistance éventuelle pour me clarifier les idées. Je me suis aperçu – cela fait partie, d’ailleurs, de ce que je voudrais exposer – que, dans certains cas, on ne pouvait pas se clarifier les idées tout seul, et qu’il fallait mettre en place un agencement d’énonciation, parce que, sinon, les idées vous tombent des mains… Je cherchais un polygone de sustentation des idées. Je ne sais pas si ce polygone est réalisé ici, on verra.

Félix Guattari. Séminaire du 9 décembre 1980 .