calvitieSA CALVITIE, SON COLIBRI : Miss Translation

Catherine Lord

Traduit de l'américain par Denis Petit

ISBN : 2-914596-18-9 ISSN : 1284-8166, 56 p. 10€

 

Voici un objet-livre, enveloppé d'une couverture qui a pris la forme d'un cliché négatif ou solarisé du marque-page d'un autre livre, la traduction en français par Denis Petit du livre américain The Summer of Her Baldness - a cancer improvisation de Catherine Lord.

Professeur d'art contemporain à l'Université d'Irvine, Los Angeles, et artiste elle-même, Catherine Lord a véritablement vu, dans l'activité colonisatrice de ses cellules cancéreuses, ce qu'elle connaissait par ailleurs : une improvisation, une performance, réalisée involontairement par elle-même, animée par un moteur cannibale qu'elle ne soupçonnait pas, le cancer.


Pour la publication de L'Eté de Sa Calvitie - une improvisation du cancer chez l'Unebévue éditeur, juste avant l'été 2006, Denis Petit-traducteur avait choisi d'offrir au lecteur francophone des iconotes sur le net, en lieu et places des tradinotes en bas de page ou de chapitre. Le marque-page du livre, illustré d'un colibri aux couleurs chatoyantes donne l'adresse web ad hoc permettant l'accès à ces iconotes. http://www.iconotes.com

Elles fournissent tantôt des illustrations, tantôt des liens vers les sites, par exemple, d'artistes féministes citées par Catherine Lord, telles lesToxicTitties qui sont probablement un peu mieux connues du lecteur américain averti que du lecteur d'Europe francophone. http://www.toxictitties.com


Cinq ans après, Catherine Lord reprend la plume. Venue en France présenter la traduction de son livre, elle a connu une deuxième fois la même mauvaise aventure, bad translation, misstranslation. Car cancer et traduction sont, nous dit-elle, une seule et même chose. Tous deux colonisent l'original, tous deux réalisent une performance qui désassemble l'exécutant involontaire.

« Imaginez-vous écouter, semées aux quatre vents, flottant tout juste hors de portée, des phrases que vous ne pouvez pratiquement pas comprendre sans les retraduire, sans les retrimballer de l'autre côté de la frontière vers un texte que vous ne vous rappelez pas complètement parce que vous l'avez écrit à seule fin d'oublier. Double sens redoublé. Imaginez vos mots répandus en pièces détachées dans le réseau d'autres corps, d'autres corps ingérant quelque chose de vous que vous n'êtes pas sûre d'avoir goûté vous-même, ou de vouloir reconnaître, ou d'avoir choisi de donner. Métastase ? Groupe d'entraide ? En tout cas, une cible mouvante. Et bien qu'il soit sans autorisation, et mauvais, comme il en va des traductions, le cancer est néanmoins fidèle. Votre corps est dévoré par la stupidité, introduit dans une machine qui troque une unité de signification pour une autre. Pensez à Google : pas drôle du tout, et plutôt rapide. Absolument rien n'échappe à la traduction.

Lâchée dans une autre langue, on se retrouve clouée au tapis.


Ce second livre, écrit à quatre mains par une petite machine traducteur-auteure, rodée dans le premier, fait douter : la vraie auteure ne serait-elle pas le traducteur ?

« Le colibri est une prothèse ramassée par Denis Petit, traducteur de mon livre, L'été de Sa Calvitie, pour se représenter la relation entre l'oiseau-mouche du français et le fou-fou du créole des Caraïbes, donc MON nom pour cet oiseau, et donc SA oiseau. Et la dette s'aggrave. Les Français ont volé le colibri aux Caraïbes. Les Anglais ont volé colibri aux Français, et l'ont ensuite utilisé pour désigner certains des camps de concentration qu'ils appelaient plantations - plantations, un autre larcin - et plus récemment leurs hôtels de luxe.

Ainsi glisse-t-on sur la pente savonneuse.

Je propose un dispositif de freinage : Miss Translation. »

Miss Translation est un oiseau d'un autre plumage, une autre paire de manches. Avec les sucres de Felix Gonzalez Torre http://www.queerculturalcenter.org/Pages/FelixGT/FelixIndex.html, les gâteaux de Maria Linares http://www.ing-24.com/pages/speak/index.html, les badges de Daniel Martinez http://findarticles.com/p/articles/mi_m1248/is_n5_v81/ai_13701438. Miss T drague les métaphores. Et les notes du traducteur métastasent le texte de l'auteure, à telle enseigne qu'on y perd son genre.

Miss T est queer.

C'est un éclat, - soit selon Paul-Emile Littré, « une intensité avec laquelle une vive lumière, et par suite une surface polie, une couleur animée frappent l'œil », voire au sens figuré : « Ce qui dans les pensées, dans le style, a comme un éclat de lumière ».