PLACE PUBLIQUE 2011
CINÉ ET GALERIE VERTE
Samedi 28 mai
Atelier : cinéma de Pierre Perrault
par Mireille Lauze et Jean Rouaud
à L'ENTREPÔT
7 à 9 rue de Pressensé 75014 Paris
Métro Pernety
- le matin dans la salle de ciné de 9h30 à 12h
"Nous vivons entourés de tant de calorifères que nous avons froid aux yeux rien qu'en regardant dehors"
N'ayons pas froid aux yeux, regardons du cinéma documentaire, du cinéma-vécu du vivant.
- et Samedi après-midi de 14h à 16h30 dans la Galerie d’art au Ier étage
Atelier - cinéma de Pierre Perrault, poète, cinéaste, chercheur
« Depuis belle enfance, je soupçonne les mots de craindre les voyelles, le forgeron de redouter l'enclume du petit matin, les romanciers de tout faire pour éviter la fin de la messe, l'archéologue d'effacer toutes traces de son passage, les sémiologues, effarés par les coins des rues, de privilégier les images et de repousser le quotidien dans les poubelles de l'Histoire, car il est confortable et rassurant de vivre dans une forêt de symboles bien rangés sur les rayons de sa bibliothèque où cultiver la poussière du temps qui passe, bien à l'abri des intempéries.
Mais on ne peut pas non plus toujours abandonner les fontaines à la virginité. Il faut bien, un jour, que quelque chose arrive qui précède l'écriture et l'alimente. Il faut parfois que la chose devance le mot. Que la réalité précède le mensonge. On ne peut pas passer sa vie à combattre, dans des légendes, les tigres en papier et les ombres chinoises. Et je cherchais désespérément à prendre pied dans ma propre vie, à sortir du sentier battu de la Culture.
Alors que dire d'un peuple sans histoire, et par conséquent sans écriture, qui cherche à prendre pied dans le présent convoité par les marchands d'images et les fabricants de savoir ? Voilà où j'en étais, avec plusieurs, au sortir de ce qu'on nomme, par dérision sans doute, les Humanités. J'avais en effet appris à vivre en lisant et aucune écriture apparemment considérable ne mentionnait ce fleuve orphelin et inexprimé qui pourtant cherchait à prendre place dans mes mirages et mes géographies. Je me sentais dépouillé d'un fleuve que personne ne revendiquait sauf les armateurs anglophones qui ne se donnent pas la peine d'aimer ce qu'ils se préoccupent d'exploiter.
Pourtant, ailleurs, ici et là, je rencontrais des hommes oubliés par les images, négligés par les littératures, et qui, eux, apprenaient à vivre en vivant. »
Pierre Perrault
« Discours sur la parole »
Extrait de « De la parole aux actes »
Editions de L'hexagone – Montréal
Participation aux frais 10 € (étudiants ou autres : 5 € )
